Introduction de la JAP 2025

Journée Annuelle des Psychologues
28 Novembre 2025

Entre conflit stérile et conflictualisation fertile, engagement du psychologue

Introduction :


Les mouvements paradoxaux qui traversent notre société et la violence, dans les postures, les actes, les mots, nous ont fait réfléchir. Enfin, tout d’abord nous ont fait réagir : Que penser face à l’absence de répondant ? Devant le déferlement de violence sur les réseaux sociaux, dans les discours politiques ?


D’où vient cette radicalité, cette intolérance à toute altérité ? comment en sommes-nous arrivés à ne pas pouvoir nous parler à ce point-là ?


Nous repérons que la parole a comme perdu son usage. Le politologue Clément Viktorovitch s’est intéressé à ce phénomène sociétal, véritablement contagieux, qui se traduit par une distorsion du rapport au vrai, une dissolution du sens des mots qui ébranle les fondements même du débat public.


Cette corruption du langage conduit à une polarisation des débats qui neutralise toute conflictualisation. Mais alors quels seraient les opérateurs de la conflictualisation ? Faudrait-il du courage pour oser/s’autoriser à s’affronter ?


Quelle offense narcissique serait en jeu lorsqu’il s’agit de « se discuter » comme disent parfois les enfants ?


Nous remarquons que cette conflictualité peine à se mettre en route également dans les familles, les parents se résignent à contre cœur à poser des limites disant qu’ils n’aiment pas cela, et les claquements de porte, quand ce ne sont pas les fugues ou les scarifications, les tentatives de suicide, viennent parler d’une impasse faite sur des débats restés en rade autour de la table du diner. Il manque de transitionnalité dans les rapports familiaux. La peur de vaciller, la peur de sa propre négativité, l’angoisse de l’incertitude figent la communication.


Face au risque de clivage, qui catapulte le conflit à l’extérieur, transformant l’expérience intime du dialogue des instances psychiques, en experience extime, il n’y a qu’à voir les déferlements sur les réseaux sociaux, veritables skudes de la mentalité de groupe, « c’est pas moi c’est les autres », le psychologue peut-il faire entrevoir à ses patients d’autres issues ? Face à la menace de l’uniforme, peut-il soutenir une réflexivité, une autre spécularité de soi à soi, que la scène de la loi du talion ?


Je souhaitais vous partager une expérience personnelle. J’exerce depuis 1998 et je reçois depuis une vingtaine d’années à présent des étudiants en psychologie clinique en fin de formation.


J’ai fait le constat d’un glissement dans mes questions lorsque je les rencontre pour la première fois. Il fut un temps où je leur demandais ce qu’ils lisaient, aujourd’hui, je leur demande s’ils lisent. Je suis surprise bien souvent, de la difficulté des étudiants à conflictualiser. A faire état de leur conflit psychique, qu’il concerne la construction pas à pas de leur identité professionnelle, que les effets nécessairement conflictuels du contre transfert éprouvé lors des entretiens avec les patients ou avec moi. Je repère que si je ne les encourage pas vivement et régulièrement à exprimer leurs questionnements, leur négativité comme enkylosée , certains trouvent refuge dans une position d’écoute.

Tout se passe comme si la complexité que suppose la conflictualité, était tombée dans l’abime. Ce constat, loin de nous abattre, peut nous amener plus que jamais, à le combattre.


Si ce que je vous dis là confine au militantisme, pourquoi pas ? Osons dire à nos patients, à nos étudiants, à nos enfants… Que la complexité fonde la richesse de l’être humain. Que s’intéresser à ce qu’il y a à l’intérieur permet de nous protéger de ce qui éclabousse à l’extérieur, en le pensant. Et que ce monde qui nous échappe et nous angoisse, car il porte en lui chevillé au corps une inquiétante étrangeté, une irréductible imprévisibilité, insaisissabilité, est infiniment plus puissant et riche que celui de l’IA.


Je pense là à l’heure où je vous parle à ce qui pourrait se penser comme une haine de l’intériorité, au nom de laquelle nous avons frôlé de peu l’interdiction de pratiquer la psychanalyse dans les lieux de soins public et conventionnés. Cette haine de l’intériorité évoque la position phobique centrale décrite par André Green.

M Farid Righi, docteur en socio anthropologie, nous parlera du conflit d’hier et d’aujourd’hui eu égard aux évolutions de la société.


Cecile Braconnier, prenant appui sur sa clinique singulière en psychologie du travail mettra en
perspective les évolutions des organisations du travail et leurs impacts sur l’être, le sujet dans l’exercice de sa profession.


Camille Routier nous apportera son éclairage sur les impasses de la conflictualisation au travers de sa pratique engrangée depuis de nombreuses années comme intervenante en analyse des pratiques professionnelles dans les institutions de la mesinscription, pratique exigeante et périlleuse.


Enfin Mesdames Vanessa Sugden et Laurence Hassinat, riche de leur longue expérience à la PJJ témoigneront du difficile accès à la conflictualité dans le processus adolescent et de ses effets.

Axelle MARS

présidente du CPCI