Atelier sur les P.M.A. par Mme Janin-Duc

« Les PMA : le temps démultiplié de la conception »

par Madame JANIN-DUC

Nous avons été ravis d’avoir pu organiser, par visioconférence et dans la continuité de notre fil rouge sur la parentalité, cet atelier le 31 mars 2021. Nous avions convié et invité pour cette soirée Madame JANIN-DUC, psychologue clinicienne et psychanalyste, membre de l’A.L.I.

Une introduction sur la réglementation actuelle a été effectuée par notre collègue, Geneviève STALLA-MORICEAU. Quelques repères sur la loi bioéthique ont ainsi été donnés.

Madame JANIN-DUC nous a présenté son expérience de clinicienne auprès de couples rencontrant des difficultés dans la conception.

Elle évoque une rencontre à chaque fois singulière bien que les mêmes thématiques puissent apparaître dans les problématiques rencontrées : la dette de vie en est la principale.

Bien sûr, la question de la temporalité est également présente – le temps des générations, le temps de la femme, le temps du couple. Ainsi ce temps est démultiplié.

La dette de vie est inscrite dans l’histoire de chacun-e. Y sont liées honte & culpabilité.

Les sentiments d’injustice sont fréquents lors de ces rencontres.

Voilà, en résumé succinct, les points abordés lors de cette soirée. En écho à la présentation de Mme JANIN-DUC, nous avons pu, dans un second temps, discuter et échanger afin d’approfondir nos questionnements sur ce sujet.

Nous étions 36 personnes connectées ce soir-là : psychologues et étudiants en psychologie.

Un beau succès pour les ateliers du CPCI !

De l’intime du sujet à celui de l’équipe de travail, par Xavier Contamine

De l’intime du sujet à celui de l’équipe de travail

Le travail silencieux de l’intime

Je vais tenter de montrer que l’intime est le fruit transitionnel d’un travail psychique, un processus, un échange dedans-dehors permanent et  montrer en quoi, aujourd’hui, ce travail serait en souffrance.

Je m’appuierai sur un auteur allemand, Hartmut Rosa, philosophe et sociologue, qui a écrit un ouvrage remarqué en 2010 intitulé Accélération. Selon Rosa, notre modernité porterait comme valeur première l’accroissement et l’accélération de toute chose. Dans le discours social, le sujet contemporain serait sommé d’augmenter son efficacité et sa rentabilité, d’augmenter le nombre de ses expériences vécues, de développer ses réseaux sociaux et le nombre de ses amis, d’augmenter ses revenus et ses opportunités de carrière, d’accroître sa mémoire, ses compétences, son intelligence, d’augmenter sa confiance en soi et son potentiel créatif, de développer une préoccupation permanente dans le rapport au corps et à la santé, d’améliorer son mode de communication et son empathie envers les autres, etc., etc. Par ailleurs, alors que nos parents et grands-parents conservaient le même métier, la même maison, habitaient la même région, sur plusieurs générations, un grand nombre d’entre nous sera probablement amené à changer plusieurs fois de métiers ou de maison, de lieu de vie, d’amis, de collègues et même de famille. Sans parler du changement de voiture, d’ordinateur, et de tout ce que nous avons besoin de renouveler régulièrement, beaucoup plus rapidement qu’avant. Il s’agirait d’un phénomène systémique auquel personne ne peut échapper. Il serait propre à nos sociétés modernes démocratiques et capitalistes qui ne tiennent en équilibre que dans l’accroissement et le changement permanent.

Ce qui nous intéresse particulièrement c’est l’effet psychosocial de ce système. Rosa fait l’hypothèse que l’effet le plus préjudiciable serait un phénomène de désappropriation subjective de notre rapport au monde. L’accélération nous contraignant à passer rapidement d’une chose à une autre et dans tous les domaines de la vie, il nous serait de plus en plus difficile de nous approprier quoi que ce soit, c’est-à-dire d’établir des liens stables et profonds, donc intimes, y compris avec nos proches. Chacun étant pris dans ses activités multiples, dans sa temporalité propre en accélération constante. Il considère tout cela comme une forme d’aliénation moderne.

Un sociologue français, Alain Ehrenberg, dans son livre La société du malaise propose l’idée d’un changement dans la névrose elle-même. Il pense que la question et l’angoisse de l’individu d’aujourd’hui ne seraient plus comme à l’époque de Freud : « Que m’est-il permis de penser, de dire et de faire », mais plutôt « Vais-je réussir à, serais-je capable de, suis-je à la hauteur de … ». Nous serions passés d’une position névrotique classique qui opposait une pulsion à une morale répressive via le Surmoi, à une position névrotique potentiellement dépressive où le sujet doit se mesurer sans cesse à des idéaux tyranniques et à l’angoisse constante de perdre sa valeur narcissique et sa position sociale. La peur de perdre et de se perdre serait la peur fondamentale de l’individu postmoderne. Derrière cette peur, il y aurait l’autonomie comme injonction et donc comme paradoxe. Devenez vous-mêmes, réalisez-vous ! Nous sommes passés, écrit encore Ehrenberg, de l’empêchement à devenir soi à l’obligation de le devenir. Pourtant  qui ne serait pas d’accord avec cette injonction de devenir soi-même en toute autonomie ? N’est-ce pas une quête moderne bien établie ?

Le problème c’est la place de l’autre dans tout ça. A vouloir et devoir contrôler nos vies afin de se maintenir dans le flux constant du changement, il est bien possible que ce soit le rapport à l’autre qui soit en train de passer à la trappe. 

H. Rosa, je reviens à lui, vient de sortir en septembre son dernier livre qui s’intitule Résonance.

Il propose l’idée que cette peur de perdre puisse être élargie à une peur existentielle de perdre la possibilité d’être touché et affecté par notre vie. La peur, au final, de ne jamais se rencontrer soi-même. Nous arrivons là au cœur de notre sujet sur l’intime. L’auteur fait l’hypothèse qu’au fond de toute personne il y aurait un désir originaire, comme une prédisposition, d’entrer en résonance avec tout ce qui  l’entoure, c’est-à-dire d’établir une relation intime avec le monde. Une manière de se sentir chez soi dans l’Autre. L’Autre ici écrit avec un A majuscule ce qui veut dire tout simplement le monde dans son ensemble, y compris les autres. Il considère que notre époque accélérée mettrait en péril la possibilité de réalisation de ce désir fondamental et que la quête effrénée d’accroissement serait, en fait, une réponse paradoxale (puisqu’elle produit le contraire) et quasi inévitable (puisqu’elle est systémique) pour tenter de rester en relation avec le monde grâce à tous les moyens mis à notre disposition. Si nous consommons ainsi de manière compulsive, ce ne serait pas seulement parce que nous chercherions à combler un vide ou à masquer une angoisse, ou parce que nous serions sous l’emprise des sirènes du Divin Marché (Dany-Robert Dufour) mais aussi dans le but inavoué et peut-être inconscient de trouver cette résonance dont nous aurions tous besoin. Mais la résonance étant un mode relationnel et non un état émotionnel engendré par un achat, la quête ne trouve évidemment jamais son objet miracle. Elle ne peut donc que s’accroître compulsivement : le prochain voyage sera toujours plus exotique, la chaine stéréo sera encore plus performante, le film violent ou pornographique encore plus brutal.

Quelques mots pour définir plus précisément de quoi parle Hartmut Rosa. Il écrit : « La résonance désigne un rapport de réponse réciproque dans lequel les sujets ne se laissent pas seulement toucher mais sont eux-mêmes capable de toucher, c’est-à-dire d’atteindre le monde par leur action. Un axe de résonance n’existe donc qu’à partir du moment où le monde fait sonner le sujet et où celui-ci est capable réciproquement de faire sonner le monde, c’est-à-dire de le faire réagir et répondre favorablement. Les sujets cherchent dans une égale mesure à produire des résonances et à en faire l’expérience. » Ce qui me semble particulièrement intéressant dans cette définition c’est la dimension relationnelle de réponse réciproque, de dialogue. Réponses affectées coproduites au sein de la relation elle-même et qui n’auraient donc pas existé sans elle. En outre, ces affects partagés ne sont pas nécessairement positifs. Il est possible que la tristesse par exemple fasse l’objet d’un partage et donc d’une résonance intersubjective.

Selon Rosa, la résonance n’est pas un écho, ni un état émotionnel, c’est un mode relationnel. Je le cite : « L’écho ne possède pas de voix propre, il survient pour ainsi dire mécaniquement et sans variation ; dans l’écho ne retentit que ce qui nous est propre et non ce qui répond. » Il insiste tout le long du texte sur le côté fondamental du répondant et nous verrons plus loin en quoi cela est particulièrement pertinent, aussi bien dans la constitution de l’intime du sujet que dans la constitution de l’identité professionnelle.

Tout cela n’est pas vraiment une découverte pour nous psychologues qui travaillons dans l’intersubjectivité et qui connaissons les vertus d’une relation de confiance et du partage d’affects. Il évoque d’ailleurs succinctement la relation psychanalytique et sa recherche de résonance mutuelle. Ce qui est nouveau ici, c’est de poser que la quête de résonance serait un fait anthropologique et donc le carburant de notre existence.

Il ajoute une autre idée qui me semble fondamentale et apparemment contradictoire : l’idée de l’indisponibilité de l’Autre.

Je le cite encore : « L’extension de notre périmètre d’accessibilité est devenue une forme dominante de la quête de résonance. Mais alors ce qui passe à l’as, c’est la rencontre avec l’Autre indisponible, c’est-à-dire la relation responsive avec lui qui implique une contradiction et rend possible une assimilation transformative présupposant l’expérience active d’une efficacité personnelle. » En terme psy, on pourrait dire que l’indisponibilité dont parle ici Rosa correspond à ce que nous appelons l’altérité irréductible de l’autre, ce qui nous renverrait à la castration symbolique, c’est-à-dire tout ce qui nous limite et qui à la fois permet de se constituer un désir propre hors les sirènes de la jouissance immédiate. Par indisponible il faut entendre ici, une position éthique où l’autre ne peut être, ne devrait jamais être investi comme étant à ma disposition, ce qui veut dire que je dois toujours mener un travail subjectif intime pour me l’approprier, pour m’approprier le fruit de notre relation, qui, elle seule, pourra être disponible à l’intérieur de moi. Je ne peux, à partir de ce postulat, que le rencontrer et non le « consommer ».  

En appui sur les propos de Rosa, et de manière a priori contre-intuitive, je dirais que l’intime est un mode relationnel avec soi-même qui passe originairement et continuellement par l’indisponibilité de l’Autre. Cette indisponibilité, cette réponse irréductible, qui n’est ni un écho, ni une confirmation, serait le matériau à partir duquel je vais devenir sujet et développer le plus intime de moi. Je pense qu’il est possible d’affirmer que l’intime comme l’identité n’ont de sens et d’existence que dans leur lien avec l’altérité. Il n’est sans doute pas possible de devenir soi-même sans aucune résistance, sans un travail sur soi permanent. Le problème de notre temps sur un plan subjectif pourrait se formuler ainsi : notre époque met tout en œuvre pour nous présenter l’autre, le monde, comme disponible, c’est-à-dire déjà prêt à l’emploi, prêt à porter, prêt à voyager, prêt à penser, prêt à rencontrer. Je pense que cette manière de nous présenter le monde est sans doute ce qui fait le plus de mal à notre vie intime. Car ce qui est neutralisé alors, c’est le travail subjectif d’appropriation du réel et ce travail serait, ni plus ni moins, la condition d’existence d’une vie intime.

Alain Cugno, philosophe, dans un texte intitulé L’intime écrit : « Ma pensée se présente à moi sous forme de mots venus de l’extérieur ». Cela ne signifie pas que ma pensée est dans les mots. Ce n’est pas ma pensée qui vient vers moi, ce sont les mots qui viennent vers ma pensée. Cela signifie quelque chose de très clair : de même que je ne rencontre l’intime que sous la forme du plus extérieur (les arbres, les rivières, les autres), de même je ne rencontre la pensée de l’intime que sous la forme du plus extérieur (les mots). Le sentiment d’être soi, le sentiment même de l’intimité, ne se donne pas comme tel, mais tout autrement. L’intime est le lieu absolument original où l’intérieur se donne comme extérieur et l’extérieur comme contenu de l’intérieur.

La saveur de mon existence la plus propre et la plus intime a exactement le goût d’un monde qui n’est pas le mien, la saveur du monde d’un autre. 

Un peu plus loin, il continue :

« J’ai été compris de mon auditeur s’il parle et parvient à dire ce qu’il n’aurait jamais pu dire sans ma propre parole. Et il aura vraiment parlé si, l’entendant, je puis à nouveau m’entendre dire ma propre pensée encore autrement. »

Voyez comme nous avons là une belle résonance entre ces deux auteurs. 

Au vu de ces propos on pourrait se demander si l’intime, au sens de ce qui est le plus intérieur, n’est pas une illusion. Une belle illusion, indispensable et aux effets bien réels.

La notion d’illusion me permet de passer maintenant à la fabrique de l’intime. Comment cette illusion fondamentale peut-elle advenir chez un sujet ? Quelles sont les conditions intersubjectives des premiers moments de la vie à l’origine de l’intime d’un sujet ?

Freud écrit en 1938 : « Psyché est étendue, n’en sait rien ». J’entends cette formule, décrite souvent comme énigmatique, comme allant dans le sens du mythe de l’intime et surtout dans le sens d’une psyché qui ne se saisit et ne se construit que dans un rapport initial et probablement permanent avec  l’extériorité.

Nous connaissons cette fameuse phrase de Winnicott : « Que voit l’enfant quand il regarde le visage de sa mère ? Généralement, ce qu’il voit, c’est lui-même. En d’autres termes, la mère regarde le bébé, et ce que son visage exprime est en relation directe avec ce qu’elle voit. Elle est son premier miroir. » Cette observation de Winnicott qui définit le visage de la mère comme le premier miroir de l’enfant est déterminante dans l’idée que la psychanalyse se fera de la relation précoce mère-enfant. La plupart des psys depuis lors parleront de la fonction miroir de la mère comme d’un moment essentiel dans la construction psychique de l’identité et du moi de l’enfant.

Toutefois, il me semble que l’expression « fonction miroir » est trompeuse. Evidemment, elle est à prendre au sens métaphorique, mais que se passerait-il si effectivement la mère faisait le miroir, si elle ne faisait que reproduire les gestes, les mimiques et les vocalises de son bébé ? Plus généralement, que se passerait-il si elle ne répondait pas à l’enfant mais se contentait de l’imiter ou plus simplement de s’adapter à lui ? Nous verrons avec Camille Routier et sa reprise de la théorie de la séduction narcissique chez Racamier, que certaines mères ont un besoin de confirmation narcissique pathologique. Je suppose que ce besoin exacerbé pourrait engendrer chez l’enfant une modalité relationnelle où l’autre serait vécu comme « disponible », dans le sens de « disposé à s’adapter à lui ». L’insécurité maternelle se traduirait par une attitude adaptative, c’est-à-dire non créative, non libre, dont la visée serait de se valider comme mère et non pas de rencontrer ou d’être simplement en relation avec l’enfant. Cela produira une difficulté chez l’enfant pour se rencontrer lui-même et potentiellement, plus tard, une tendance à se servir de l’autre, alors senti comme disponible. On comprend en quoi, je l’espère, la disponibilité, vu sous cet angle, s’oppose à la rencontre en favorisant plutôt une adaptation à l’autre, qui s’apparente au final à une utilisation de l’autre. (Nous avons là un argument pour discuter notre position de psy.)

L’autre est indisponible éthiquement, au sens où il n’est pas à ma disposition, comme nous l’avons vu, mais il est aussi indisponible à lui-même par la division inconsciente qui le constitue. N’est-ce pas dans ces lieux insu de la mère que l’enfant peut se bricoler un chez soi, se trouver une place où se loger parce que justement ici, personne ne l’attend au détour ? Ici personne ne le veut comme ci ou comme ça. Mais ces lieux psychiques ne sont pourtant pas vides, ils échappent simplement à la mère. Et c’est très bien ainsi. L’infini variété des façons de regarder, de toucher, de parler, la façon unique de la mère d’habiter dans son corps et dans sa parole, c’est à cela que l’enfant va s’identifier, c’est ce style, que la mère ne maîtrise pas, qui laissera au cœur de l’intime du sujet la saveur d’un autre, comme dit Alain Cugno. Pour le pire et pour le meilleur.

Quand Winnicott écrit « ce que le visage de la mère exprime est en relation directe avec ce qu’elle voit », il faudrait ajouter « et aussi en relation directe avec son inconscient, relation intime qui s’exprime dans chacune de ses attitudes ». Il me semble que l’enfant ne se voit pas seulement dans les efforts de la mère pour s’accorder avec lui, je dirais qu’il se voit quand précisément la mère ne pense plus à lui en tant que bébé à s’occuper, mais à un autre, un enfant rêvé, celui qu’elle entrevoit sans le savoir dans les plis de cet enfant réel. Notre intime est aussi fait je pense de la saveur de cet enfant imaginaire là.

La nature particulièrement paradoxale de la relation mère-enfant, et donc de la construction de l’identité du sujet, a été théorisée avec le concept de double transitionnel par Johann Jung, élève de René Roussillon, qui lui-même avait pensé ce qu’il a appelé la relation homosexuelle primaire en double.

Chez Johann Jung le double transitionnel a à voir avec l’espace intermédiaire de Winnicott. La relation en double entre mère et enfant correspondrait aux premiers temps de la constitution du Moi. Nous savons maintenant depuis plusieurs années que le bébé a des capacités très précoces de reconnaissance de la différence entre lui et l’autre, ce qui remet en question le stade anobjectal classique que nous enseignait la théorie freudienne. Il y aurait de l’autre dès le début. Mais la question est quel autre ? Comment le nourrisson perçoit subjectivement cette altérité ? C’est à cette question que tente de répondre le concept de double transitionnel. Ce que l’enfant percevrait c’est un double de lui-même à la fois différent et semblable. Cela serait possible grâce aux facultés d’accordage sensoriel et affectif de la mère. Quand tout se passe bien, elle répond aux sollicitations de son enfant par des gestes, des mimiques, des vocalises qui s’accordent à la façon d’une chorégraphie et non pas d’un miroir, aux expressions de l’enfant. En cela le double est bien transitionnel et non pas mimétique. Cette réponse de l’autre, on l’aura compris, n’est pas incompatible, bien au contraire, avec son indisponibilité fondamentale. Donc différent et semblable à la fois. Différent parce que l’enfant percevrait que cet autre n’est pas lui et semblable parce que c’est lui-même qu’il est en train de fabriquer dans et à travers les réponses maternelles. Mais à ce stade, il n’a évidemment pas conscience de cette danse à deux. Et c’est précisément ce qui va engendrer l’effet d’illusion identificatoire primaire. Il se prendra pour cette image dedans –dehors, à la limite entre lui et l’autre. Il se prendra donc pour ce double transitionnel à la fois trouvé et créé. On pourrait très bien parler d’une aliénation bienheureuse. Aliénation mutuelle entre mère et enfant. Du côté de la mère aussi car celle-ci se prend sans le savoir dans les filets de l’enfant par les résurgences inconscientes de l’enfant qu’elle a été et par l’accordage affectif qu’elle a pu établir avec sa propre mère. Aliénation indispensable à la qualité de leur relation. Indispensable à la possibilité de faire sentir à l’enfant ce qui deviendra plus tard un effet de résonance entre lui et le monde, effet dont H. Rosa nous dit qu’il est l’objet fondamental de la quête perpétuelle de tout sujet toute au long de sa vie. Il me semble que nous avons là un fondement psychanalytique à la théorie sociologique de Rosa.

L’étape d’après consiste pour l’enfant à intérioriser cette matrice relationnelle en double et ainsi à se constituer sa réflexivité interne, son contenant, l’écran intérieur sur lequel il pourra projeter et inscrire ses premières images et ses premiers affects. Ecran sur lequel il pourra se voir lui, se sentir lui-même et donc à partir duquel il développera sa vie psychique intime. Cette introjection de la relation en double pourra se faire lors d’un moment encore une fois paradoxal qui est l’hallucination négative de la mère. Je m’appuie ici sur la conception d’André Green. C’est seulement en effaçant la mère de son champ de perception que l’enfant pourra la prendre au-dedans. Selon Green ce mécanisme serait indispensable à l’élaboration de ce qu’il appelle une structure encadrante interne. Cette structure serait la base psychique, le contenant primordial qui autorise le développement d’une intériorité. Ce qui est mis au-dedans alors c’est la mère comme contenant, la mère qui porte, qui contient, mais aussi la modalité relationnelle avec elle. Et j’ajoute : alors et alors seulement l’autre devient disponible par ce travail de métabolisation psychique qui permet à l’enfant de transformer l’indisponibilité, l’altérité irréductible de l’autre, en disponibilité intime. A partir de là, l’enfant se réfléchira donc comme il a été réfléchi, en tout cas comme il s’est vu et senti à travers les réponses conscientes et inconscientes de l’autre maternel. Ce contenant n’est donc pas juste un sac enveloppant, c’est un véritable théâtre intérieur avec plein de choses plus ou moins à lui, plus ou moins étranges, plus ou moins plaisantes. C’est un théâtre trouvé-créé qui conservera cette propriété dedans-dehors tout au long de la vie. Propriété qui permet de comprendre en quoi l’intime, le sentiment même de soi, passe par l’extérieur. Ce double transitionnel, je le vois comme une double interface : il fait le pont entre dedans et dehors, en différenciant et en liant soi et l’autre et il fait le pont entre soi et soi-même en ouvrant à l’intérieur un espace réflexif qui permet le rapport du sujet avec lui-même. Le sujet peut alors croire en l’illusion que cet autre intérieur qu’il sent n’est rien d’autre que lui-même. Ce qui est intériorisé avec cet objet double de soi ce n’est pas seulement un objet interne, c’est aussi et surtout une modalité relationnelle, une sorte de schéma fondamental qui ne pourra, plus tard, que nous porter à rencontrer l’autre puisque c’est ainsi que nous nous sommes rencontrés nous-mêmes, à travers lui. Rêver, Lire, écouter de la musique, penser, toutes choses parmi les plus intimes sont des activités psychiques rendues possible par cette modalité relationnelle originelle. Nous ne faisons jamais rien d’intime qui n’ait un rapport avec notre interlocuteur transitionnel (Guy Lavallée).

A partir de là, il est évident que l’hyperactivité à laquelle nous contraint le système ne peut que nuire à la vie intime. Que devient notre interlocuteur interne quand le monde autour nous effraie, nous contrôle, nous piste, nous sollicite constamment, nous abuse, nous excite, nous trompe. L’appareil psychique ne risque-t-il pas d’être saturé ou simplement épuisé ?

Au regard de ce qui vient d’être dit sur l’accélération et la désappropriation subjective, ce qui est menacé ce serait donc le travail silencieux de l’intime. Ce temps indispensable et permanant de création de soi en appui contre et tout contre l’autre indisponible. Car l’intime est un processus, comme l’identité, il n’en finit jamais de se créer et recréer sans cesse en appui sur le lien dedans-dehors. Ce travail a nécessairement une temporalité propre qui en passe par l’acceptation d’une certaine passivité. L’accélération, l’hyperstimulation perceptive permanente, la course à l’autonomisation forcée,  produiraient, en-deçà d’une hyperactivité apparente, en réalité, une passivation (sidération, emprise) écrasante en privant l’individu moderne de ce temps essentiel de la « passivité digestive » qui consiste dans la métabolisation et l’intériorisation de ce qui lui arrive.

Une lueur dans ce désert de résonance : avez-vous remarqué le succès de la fête des voisins, des marchés de petits producteurs, du retour du local, le succès des grandes manifestations publiques qui drainent de plus en plus de monde, le développement du nombre des associations ? Ce ne sont que quelques exemples, mais il me semble qu’ils parlent d’un désir de résonance assumé comme tel et non à travers la consommation à outrance.

Quelques mots à présent sur l’intime dans les institutions

Il a été question plusieurs fois de la faculté de réponse résonante de l’objet dans les temps primaires de l’intersubjectivité. Pour une équipe de travail, cette qualité de réponse est tout aussi essentielle. C’est pourquoi l’absence de répondant que nous observons dans les institutions engendre des souffrances inédites.

L’absence du répondant serait aujourd’hui une des caractéristiques des relations en général et professionnelles en particulier. Dans le « Malêtre », René Kaës écrit : « Le répondant est la présence humaine à une adresse, à une demande. Le répondant accepte d’en être le destinataire, il ne se dérobe pas devant le risque de la rencontre. L’ampleur de ce désastre qu’est la disparition du répondant ne s’éprouve pas seulement lorsque les automates se substituent à la présence humaine sous le prétexte de gains de productivité. Cette neutralisation de la présence est, je le crains, une des manifestations de la haine de la psyché, et donc de l’autre, imprévisible, dont les questions dérangent ». 

A travers « imprévisible », nous pourrions sans trop nous tromper entendre « indisponible ».

Dans les institutions médico-sociales, nous constatons tous aujourd’hui un envahissement gestionnaire. Les directeurs et directrices sont tous devenus, ou presque, des managers gestionnaires qui gèrent leur institution comme une entreprise. C’est la commande qui leur est faite. La différence de taille c’est que les institutions sociales ne rapportent pas d’argent, elles en dépensent. La crise sans fin dans laquelle nous vivons depuis des dizaines d’années, contraint l’état à contrôler drastiquement ses budgets. Ce contrôle se traduit par des normes, des recommandations, des prescriptions, des procédures, des évaluations, des statistiques, des chiffres en tout genre qui viennent envahir le quotidien des équipes de travail. Les métiers de la relation humaine nécessitent de parler de soi, d’échanger, de travailler ensemble, de s’interroger, d’analyser sa pratique régulièrement pour d’abord et continuellement se soigner soi-même. Un aidant qui n’est pas aidé ne peut pas aider sérieusement.

A peu près tout ce qui est mis en place par l’emprise gestionnaire va à l’encontre de ce soin indispensable au soignant. Les réunions d’équipe autour des usagers, les temps informels, les temps de transmission sont tous systématiquement remis en question ou alors envahis par l’organisationnel et la gestion.

Tous ces temps sont pourtant fondamentaux dans le maintien de la confiance dans une équipe et dans la constitution de l’équipe elle-même.

Mais le plus compliqué est l’absence de répondant. Quand une équipe se plaint de ne pas pouvoir faire son travail auprès de son chef, ce n’est pas en réalité pour obtenir des réponses techniques, mais pour partager son désarroi et trouver un répondant bienveillant qui reconnait cette difficulté et qui assure que « oui nous sommes bien dans le même bateau, qui ressemble souvent à une galère, mais que nous allons tous ensemble, avec les moyens du bord, réussir à créer quelque chose de satisfaisant ». Il me semble que les réponses aujourd’hui, quand il y en a, prennent la forme de recherche de solutions au lieu de garantir l’existence d’un sens commun. « Il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions ! » Ce n’est que dans la fabrique d’un sens commun partageable, que le sentiment collectif intime d’appartenir à une entité singulière et irréductible à toute autre pourra être entretenu. Les gestionnaires ne parlent pas la même langue que les accompagnants. Ils ne peuvent répondre de ce qu’ils font qu’en termes économiques. Ceci produit évidemment de l’incompréhension mutuelle, mais surtout un vécu d’abandon dans les équipes. Comme un nourrisson qui ne se verrait plus dans l’accordage maternel, qui n’aurait plus de place, dans l’espace de l’Autre, pour se bricoler l’illusion d’être créateur de lui-même. Ce que les équipes ont perdu c’est l’espace et le temps pour entretenir cette illusion transitionnelle d’être créatrices de leur pratique et de leur cadre d’action.

Les institutions sont contraintes de fonctionner comme des plates-formes ouvertes qui gèrent des flux, c’est-à-dire des entrées et des sorties. En perdant ainsi son enveloppe et en appliquant des normes et des procédures anonymes, l’institution perd donc son identité et ce qui a fait sens dans son histoire. Comment alors une intériorité, un vécu intime institutionnel pourrait se développer ?

La difficulté majeure, pour les équipes, se trouve dans la quasi-impossibilité de s’appuyer sur une illusion groupale suffisamment éprouvée. L’illusion groupale, concept élaboré par Anzieu, consiste en un moment fondateur où l’équipe se sent comme un seul homme : « nous sommes une bonne équipe, nous travaillons bien ensemble et nous avons un bon chef ». Ce temps devra être dépassé dans un autre temps de désillusion, mais l’illusion ayant eu lieu, elle laissera des traces positives et rendra possible la créativité de chacun. Je fais l’hypothèse que ce temps-là, indispensable à la constitution d’une équipe est aujourd’hui constamment remis en question par les changements permanents au sein des équipes elles-mêmes et au sein de l’institution. On voit bien que l’illusion de ne faire qu’un, de sentir les autres comme soi-même, partageant un même idéal, nous renvoie à l’idée du double transitionnel. Ici, se serait l’équipe qui n’arriverait plus à se voir et à se sentir elle-même comme une entité à part entière. Autre parallèle avec le double : nous avons vu que l’enfant devait effacer sa mère pour prendre au-dedans la relation en double. Je propose l’idée que toute équipe aurait besoin de réaliser cet effacement à l’égard de son institution pour l’intérioriser comme contenant, comme une matrice à penser ensemble. En étant constamment contrôlé et en même temps abandonné par l’absence de répondant et renvoyé vers une pratique procédurale, il est impossible d’effacer une mère institution qui n’a plus les moyens d’instaurer une relation résonante. La résonance donne le sentiment d’être actif, pertinent et surtout relié au monde. Ce n’est pas en autonomie, seul face à sa tâche primaire, que travaille un accompagnant, mais dans le lien constant avec ses collègues et ses cadres. Si les directions restent froidement technocratiques ou terrorisées par un métier qu’elles ne connaissent pas, elles ratent la rencontre avec leurs équipes et les contraint à l’évitement d’elles-mêmes, au repli défensif, au morcellement, à l’application automatique des procédures, au cynisme ou à la mélancolie.

En conclusion, une ouverture :

Pour rencontrer un peu de résonance, les équipes devraient–elles considérer l’absence du répondant comme une forme particulière de l’indisponibilité de l’autre ? Je pose la question sérieusement. Je me demande si ce n’est pas ce qui arrive parfois quand les équipes réussissent à créer, malgré cette apparente incommunicabilité, une alliance de travail avec leur direction gestionnaire. Il s’agirait d’accepter que cet autre étrange et étranger qui ne parle pas le même langage que l’équipe puisse, dans un premier temps, être indisponible, c’est-à-dire pas du tout à sa disposition. Accepter l’idée que la disponibilité de cet autre ne peut être que le fruit d’un travail subjectif, d’une assimilation, comme nous l’avons vu, mais pas une donne a priori. Les pères fondateurs des institutions de l’ancien monde étaient dans l’excès inverse. Ils portaient leur institution à bout de bras, quitte à en devenir tyranniques.

Accepter cette nouvelle donne me semble un passage obligé aujourd’hui, un pré-requis à toute évolution possible, pour sortir de l’état de guerre et panser les pertes réelles auxquelles sont soumises les équipes et poser les conditions d’une rencontre. Un peu comme un enfant qui devra bien un jour accepter ses parents tels qu’ils sont. Les gestionnaires eux-aussi ont un inconscient dans les plis duquel il est sans aucun doute possible d’y entrevoir une réponse résonante.

Xavier Contamine – octobre 2018

Bibliographie

Hartmut ROSA, (2013). Accélération, une critique sociale du temps, La Découverte

Hartmut ROSA, (2014). Aliénation et accélération, vers une théorie critique de la modernité tardive, La Découverte

Hartmut ROSA, (2018). Résonance, une sociologie de la relation au monde, La Découverte

Le CPCI en 2017, par la Présidente

Rapport d’activité & Rapport moral

du CPCI pour l’année 2017

Présentés lors de l’Assemblée Générale du 24 janvier 2018,

à la Maison des Associations à Grenoble

Bilan de cette année 2017, deuxième année de la Présidence pour moi. Ce CPCI qui vient animer mes ambivalences, CPCI chéri donc par les satisfactions narcissiques individuelles et groupales qu’il provoque. Bébé choyé mais aussi quelquefois haï au sens psychanalytique du terme, de par la lourdeur, la charge mentale que cela représente, non seulement pour moi présidente mais également pour chacun/chacune des membres impliqués dans sa dynamique, administrateurs et membres du collège élargi. Bébé jalousé aussi peut-être par certains ! Bébé fragile peut-être également. Mais commençons donc par du concret.

Rapport d’activité

Le bilan des trois pôles d’activités du CPCI qui sont centrées sur :

    • les ateliers & la conférence annuelle, organisés par le CPCI
    • la Journée Annuelle des Psychologues organisée conjointement avec les psychologues du CHAI et le CPCI
    • la communication
  • et aussi une petite mise en bouche : les Happy Hours. 

Le 8 mars 2017, le CPCI organisait son premier atelier, le rendez-vous annuel avec les étudiants, animé par 5 membres du CPCI. 21 étudiants étaient présents, dont :

  • 15 étudiants de Master 1 (12 de l’université de Grenoble, 1 de Lyon 2 et 1 de Montpellier)

  • 5 étudiants en Master 2 (2 de Grenoble, 1 de Chambéry, 1 de Lyon 2 et 1 de Paris 8)

Cette soirée a été un temps d’échanges à partir de l’énoncé suivant : « Un étudiant, un maître de stage, une institution : attentes, rencontre et transmission » et d’interrogations des étudiants quant à : l’identité professionnelle, la question des stages (les difficultés pour en trouver et les difficultés avec les maîtres de stage), la sélection au cours des études, les orientations conceptuelles différentes qui sous-tendent l’organisation des études dans chaque université, le statut du psychologue dans le monde du travail, le marché du travail, la spécificité de la posture du psychologue. Une question témoigne de la particularité de notre métier des sciences humaines : « est ce qu’on se sent prêt après le diplôme ? ».

Nous avons pu éclaircir leur questionnement quant :

  • à la définition de clinicien « tourné/incliné vers le sujet », rappelant surtout notre posture spécifique de reconnaissance du sujet dans son individualité d’être et de liberté psychique (rappel du Code de Déontologie).

  • au temps FIR

  • au statut de Cadre et notre hiérarchie administrative et non pas médicale

  • à la nécessité d’outils et de ressources pour travailler/penser sur sa pratique tout au long de la carrière.

C’est un temps qui nous permet de maintenir, travailler, éprouver notre lien avec l’université de psychologie de Grenoble.

L’atelier du 12 avril 2017

Suite et fin de notre fil rouge de ces années 2016 & 2017 : le psychologue et le corps. Cet atelier fut centré sur les problématiques alimentaires.

Les membres du CA présents lors de cet atelier évoquent un atelier très fluide et participatif. Les intervenantes étaient à l’aise dans leur présentation et dans les réponses aux questions. Le retour fut positif de leur part.

Parmi les participants, nous ne comptions que 4 collègues psychologues diplômées, le reste des participants étaient des étudiants. C’est la première fois que nous ouvrions l’atelier aux étudiants sans la présence obligatoire du maître de stage. Cela nous questionne sur cette faible représentation des collègues diplômées.

Le sous-titre, qui amène le fil rouge : « La pratique du psychologue et … » semble important à indiquer sur les flyers, posant le cadre d’un échange sur nos pratiques à partir de nos cliniques, et non d’une soirée de type conférence théorique.

La conférence ouverte au public animée par René MARINEAU, le 11 mai 2017

Nous retenons le coté agréable du moment partagé et des talents d’orateur de Mr Marineau. Néanmoins, l’intervenant n’a pas à notre sens répondu à l’argumentaire qui annonçait une réflexion sur les « Défis & Perspectives du XXIème siècle« . La communication pour la préparation n’a certainement pas été suffisante aussi ; entre autres sur nos attentes qui seront à l’avenir à définir plus clairement ainsi que la rémunération de l’intervenant.

Remerciements à tout le comité de diffusion de l’information de la conférence. Nous avons accueilli une soixantaine de participants = participation moyenne, comparativement à d’autres conférences.

Les Happy Hours

Le CPCI a fait sa rentrée scolaire le 27 septembre 2017 avec les Happy Hours. Une vingtaine de collègues étaient présents, dont certains étaient nouvellement arrivés sur la région et cherchaient à tisser un réseau. Ce fut un moment convivial. Il aurait peut-être fallu faire une présentation du CPCI lors de la soirée. A poursuivre à mon sens afin de permettre un temps d’échanges informels entre collègues, entre nouveaux et installés. Cette soirée s’est prolongée par un temps au restaurant, offert par le CPCI, entre membres du CA, les anciens et les nouveaux, moment là-aussi convivial pour remercier les anciens administrateurs de leur investissement dans l’association et signifier ainsi la transmission.

L’atelier du 11 octobre 2017

Cet atelier ouvrait notre nouveau cycle sur la parentalité. Il fut centré sur le couple à partir de deux approches cliniques complémentaires : l’approche systémique et l’approche psychanalytique. La salle était comble, cette fois-ci avec une majorité de psychologues cliniciennes par rapport aux étudiantes (entre 25 & 30 participants). Réel succès pour cet atelier qui fut centré sur la pratique mais pas d’hommes psychologues dans la salle.

Journée Annuelle des Psychologues

Elle a eu lieu le 24 novembre 2017 à Grenoble. 88 psychologues étaient présents, 72 l’année dernière, du département de l’Isère mais pas uniquement, le Rhône, la Savoie, l’Ain étaient représentés. Sans surprise du côté de la participation, notre thème s’inscrivant dans la continuité de la JAP 2016. « Malaise dans la transmission, qu’est-ce que je fou(s) là ? » Au vu de la situation dans nos institutions, et dans notre société, cela se comprend aisément.

Nous avons apprécié la formule : matin avec trois intervenants + après-midi en table ronde. La table ronde, très représentative de la diversité de lieux de pratique des psychologues, en plus de la boîte à questions, ont vraiment rendu la discussion avec la salle, dynamique et animée. Le niveau intellectuel recherché a été atteint. Belle journée de par le thème choisi : la transmission. Nos trois intervenants du matin représentaient chacun une période de la vie professionnelle : la retraite, le plein âge de la carrière professionnelle et la recherche universitaire. Les retours furent également positifs quant à la convivialité qu’offre cette journée (temps d’échanges conséquents grâce à la pause-café et le repas).

Le Comité d’Organisation peut se féliciter du succès de cette journée.

Le CPCI, c’est également un réseau,

La communication fonctionne toujours aussi bien grâce aux échanges de mails via la boîte mail du CPCI et la mise à jour du site. Cela demande néanmoins un grand investissement en terme de temps. La gestion des adresses mails s’alourdit (280 contacts).

Rapport moral

Nous avons pu mener à bien les objectifs que nous nous étions fixés cette année, avec un degré de satisfaction évident une fois les activités portées à leur terme et l’année écoulée.

Cette fin d’année fut particulièrement révélatrice des dynamiques en jeu dans notre association. Autant l’année dernière, j’évoquais ici même le départ des anciens, départ vécu comme perte non encore suffisamment élaborée. Autant cette année, ce départ fut célébré, ritualisé, intégré psychiquement me semble-t-il. Les nouveaux venus peuvent prendre leur place tout comme les nouveaux projets.

J’en eus la perception également lors de la Journée Annuelle des Psychologues, dont le thème de la transmission était tout choisi pour / par le CPCI. Journée durant laquelle pour la première fois, je sentais face à l’urgence, face à la désespérance du monde, face au désarroi que nous rencontrons dans nos institutions, dans nos cabinets libéraux et en nous-mêmes un sentiment d’appartenance naître en moi, appartenance au groupe des psychologues, appartenance au groupe des psychologues de l’Isère et en appui sur les regroupements des collègues / collèges des départements de la région et au SNP. Nous avons résisté aux rouleaux compresseurs de l’abrasion des identités. La ressource et la créativité sont au rendez-vous chez les psychologues et dans notre institution bien aimée ; le CPCI ! Le doute fut et restera cependant présent longtemps. Mais n’en est-il pas de même dans tout type d’institution ?

Le CPCI c’est aussi une institution, un groupe animé par ses propres soubresauts, son dynamisme plus ou moins créateur selon l’implication de ses membres, selon la personnalité et la disponibilité de chacun, selon son histoire. Nous rejouons également dans cet espace groupal ce qui se déploie sur la scène sociétale : compression subjective du temps, individualisme, nouveaux modes relationnels. La notion d’engagement est au centre de notre dynamique associative tout comme l’est notre place, notre rôle de citoyen dans notre société et dans notre rapport au monde. Il y a nécessité à mon sens d’un investissement des administrateurs sur le long terme.

Mais que font les hommes ? Où sont les hommes ? Pour la première fois, il n’y a plus d’hommes dans le conseil d’administration. Prenons garde Mesdames à ne pas trop jouer notre carte maternelle, maternante, nous allons les faire fuir encore plus !

Je souhaite donc que les activités du CPCI se poursuivent, dans un mouvement d’ouverture, de diversité, que nous prenions garde à la rigidité dont certains groupements cliniques font preuve et que nous puissions travailler, questionner cette rigidité si elle devait être à l’œuvre ici.

Les différentes activités du CPCI sont reconduites pour cette année, leur élaboration est déjà bien avancée pour la plupart :

    • L’atelier des étudiants le 7 mars 2018 sous le même format
    • Le 2ème atelier sur la parentalité en avril 2018
    • La conférence sur les « mécanismes d’emprise »
  • Puis les Happy Hours et la JAP en dernière partie

Pour finir, un remerciement particulier à notre trésorière de ces dernières années, qui a décidé de prendre d’autres chemins.

Je tiens à remercier tous ceux et celles qui se sont impliqués cette année au CPCI. Seule je n’aurai rien pu faire, je n’en ai ni le désir ni les épaules.

La diversité, l’intergénérationnel est ce qui m’anime. Merci

Anne J.

Présidente

Ouverture de la Journée Annuelle des Psychologues, par Axelle M. & Anne J. – novembre 2017

Ouverture de la Journée Annuelle des Psychologues

Par Anne J., présidente du CPCI et

Axelle M., psychologue clinicienne au CHAI

Nous continuons aujourd’hui notre travail entrepris l’année dernière à la même date et dans le même lieu à propos de l’identité des psychologues, de leur capacité à travailler et à réfléchir ensemble.

Je choisis aujourd’hui un discours d’ouverture peu théorisé mais plutôt une création narrative de ma place et de mon positionnement. J’exerce le métier de psychologue clinicienne. Je suis psychologue dite institutionnelle dans une maison d’accueil spécialisée et également intervenante en analyse de la pratique. Parallèlement je suis engagée dans le diplôme universitaire d’analyse de la pratique de l’institut de psychologie à l’université de Lyon.

Comme vous le savez, je suis la Présidente du Collège des Psychologues Cliniciens de l’Isère depuis 2 ans. Il n’y a pas eu d’enjeux de rivalité lors de mon élection, il fallait quelqu’un à ce poste que personne ne voulait, j’y suis allée.

Je suis également, comme vous, citoyenne et j’ai le sentiment de subir des mutations sociétales et mondiales qui manquent de cohérence et de sens et qui viennent me solliciter du côté de l’opposition, de la révolte. Frédérique GROS, philosophe, parle de la « désespérance du monde à la mesure de notre impuissance1« . Il ajoute : « Pourquoi est-il si facile de se mettre d’accord sur la désespérance du monde et si difficile pourtant de lui désobéir ?« 

La transmission est donc le thème qui nous habite aujourd’hui. Il me semble que nous traversons une crise du récit, de la mise en mots, de la mise en débat. Ma réflexion s’appuie sur les écrits de Walter Benjamin, philosophe allemand de la première moitié du XXème siècle que j’ai découvert au travers des ouvrages de Roland GORI.

Souvent cette année, à ma place de Présidente du CPCI, entre autres, j’ai été envahie de sentiments négatifs, dépressifs et quelquefois violents, sentiments de colère, de désespoir, d’inertie, pestant contre l’énergie qu’il nous fallait trouver pour mener à bien les actions, les objectifs du CPCI, objectifs qui sont à mon avis à la fois humbles et suffisants pour créer la dynamique nécessaire à la créativité et à l’existence de ce groupe « laïque » de psychologues, c’est-à-dire non rattachés à une institution particulière. Ses fondateurs ont aujourd’hui quitté l’association et la plupart sont partis à la retraite, nous avons du mal à prendre le relais. La notion d’engagement vient ici prendre tout son sens … il fut un temps semble-t-il révolu, où lorsqu’on prenait date pour une rencontre, on y était présent et non pas débordé par l’accélération d’un temps subjectif. Le paroxysme de ce malaise fut ce printemps où je me surpris à penser : « y’a plus qu’à se payer en douce un voyage avec l’argent dont on dispose sur le compte du CPCI … et stopper cette aventure« . Car paradoxalité de la situation : la santé financière du CPCI est bonne et nous permet d’organiser ce type de journée sans avoir la préoccupation des entrées d’argent. Comme quoi, finalement, l’argent n’est peut-être pas le nerf de la guerre …

Les encouragements et les remerciements concernant la communication du CPCI via sa boite de messagerie sont nombreux, néanmoins, je souhaiterais que le CPCI ne devienne pas un réseau social à l’image de « facebook » ou « twitter », qu’il ne soit pas que cela, qu’il ne soit pas surtout cela.

Alors il me restait à partager ces préoccupations avec les membres du Comité d’organisation de cette journée et sentir alors la nécessité impérieuse de sortir de notre pessimisme en allant voir ailleurs si l’herbe est plus verte … Lyon vécu par nous grenoblois comme un des bastions de la psychanalyse et porteur d’une pensée clinique vivante et vivifiante, le petit village gaulois, quoi. Je remercie donc Sarah GOMEZ d’être avec nous.

Je me pose la question de notre groupe, ici et maintenant. Sommes-nous en capacité de défendre nos droits, nos contrats de travail, notre temps FIR, notre travail de psychologue particulièrement attaqué dans le registre qui est le sien, c’est-à-dire la pensée. Les psychologues peuvent ainsi être instrumentalisés quand la précarisation de nos postes ne nous permet pas toujours de nous positionner face à nos directions. Mathilde DESCHAMPS nous parlera tout à l’heure de l’institution.

Penser et agir maintenant.

Aller plus loin aujourd’hui et faire peut-être ensemble. Pour ceux qui étaient présents l’année dernière à cette journée, souvenez-vous de l’intervention de Ludovic GADEAU. 500 nouveaux diplômés en psychologie qui sortent des bancs des facultés Rhône-alpines. Au niveau national, c’est 4967 diplômes de psychologie délivrés en 2016 toutes options confondues. Les institutions vont-elles offrir le nombre de postes correspondants ? Non. Et nous psychologues isérois et Rhône-alpins que faisons-nous par rapport à cette situation ? Comment pouvons-nous nous positionner ? Vous comprenez donc la raison de la présence de Jacques BORGY à nos côtés aujourd’hui.

Pour finir cette introduction et lancer la journée, j’ai appris l’existence d’un blog de psychologues qui s’intitule : « un jour, les psys domineront le monde mais pas demain faut rendre un rapport« . Voilà de quoi nourrir notre réflexion.

Et avant de passer le bâton de relais à Axelle Mars, j’ajoute un dernier point concernant « la pensée et l’action » : ce discours d’ouverture ne se veut pas trop militant, néanmoins, vous savez qu’une association comme le CPCI, même si cette dernière se porte bien financièrement, vit uniquement grâce aux adhésions. Nous avons donc prévu un stand « adhésions ».

Anne J., présidente du CPCI

Nous avons donc choisi de titrer cette journée qui nous réunit : Malaise dans la transmission : Je vous épargnerai les différentes étymologies dont nous sommes férus, nous les psychologues, tellement soucieux ou faudrait-il dire curieux des origines, pour en garder le vocable « mission ».

Mission : Celle qui m’est dévolue ce jour serait-elle d’usurper une place, naguère tenue par le secrétaire du Collège des Psychologues du CHAI, auparavant appelé C.H.S ?

Ce dernier d’ailleurs, qui d’un revers de signifiant a perdu son « S », ce « S », qui pourtant lui conférait sa spécificité, c’est-à-dire de pouvoir recevoir des personnes ayant des troubles psychiques quels qu’ils soient. A l’instar des pavillons qui ont perdu leurs noms de médecins psychiatres pour ceux plus fleuris de Berlioz, Matisse…

Alors, malaise dans la transmission : Nous sommes là au cœur du sujet.

Savez-vous qu’à l’origine du Collège des Psychologues actuel était le C.L.I.P.P, Comité de Liaison et d’Information des Psychologues Praticiens. Il s’agissait d’une association fédérant des psychologues de divers horizons, du CHSP, eh oui, P pour Psychiatrie, de Saint-Egrève, de Bassens, de l’AFIPAIEM, LE Perron, l’OVE…

Le premier document que j’ai tenu dans les mains date de décembre 1977 et a pour titre « revendication salariale : note aux psychologues ». Il s’agit d’un document rédigé par les syndicats CGT, CFDT et SNP aux psychologues :

« Chacun d’entre nous est conscient de la sous-rémunération qui frappe notre profession. Actuellement, il n’est pas tenu compte :

  • De notre niveau d’études ni de notre qualification

  • De la réalité de notre travail ni de nos responsabilités.

  • Notre revendication salariale s’inscrit normalement dans le contexte social général actuel. Tous travailleurs de notre pays se battent contre l’érosion de leur pouvoir d’achat et pour obtenir des salaires décents, et les Psychologues ne sont pas différents des autres salariés. »

Le CR de l’AG du 20 Avril 1978 traite du problème du numerus clausus au DESS de Psychopathologie et pose ainsi la question :

« Faut-il former des psychologues en fonction des débouchés dans le monde du travail ?

Ou faut-il former des individus compétents, capables de s’intégrer eux-mêmes dans la vie professionnelle ?

Plutôt que de créer de nouvelles spécialisations en 5ème année ne pourrait-on pas intégrer dans les études de Psychologie des formations qui sont nécessaires à tout praticien (formations de groupe, analyse institutionnelle, connaissances des réalités professionnelles…) ? »

Tout cela n’est pas sans évoquer l’intervention de Ludovic Gadeau de l’an dernier.

En 1979, la première journée régionale des psychologues pensée comme un débat public, regroupe une soixantaine de psychologues sur les 170 conviés….y croirez-vous, la journée s’articulait autour d’une table ronde d’une dizaine de psychologues, et d’un débat suite à cette table ronde, concernant les différents aspects du travail du psychologue (champ statutaire, etc). L’année suivante la journée intitulée « seuils et normes dans la fonction du psychologue » se proposait de réfléchir au problème des psychologues sans travail : « quelle solidarité à ce sujet ? », et à celui de la pratique des psychologues face au pouvoir institutionnel…Puis deux années ouvertes de travail visant à participer à l’élaboration du projet de loi sur la protection du titre de psychologue établie en 1985, sur le statut du psychologue, ainsi que sur la constitution du DESS. Enfin, le code de déontologie qui sera fondé en 1996 est l’objet de presque chaque réunion mensuelle. En 1991 le CLIPP devient le collège des psychologues du CHS de Saint Egreve. En 2004, des membres du collège associés à des psychologues d’autres institutions ressentent le besoin de créer une association hors les murs  : Le CPCI est né.

Mission, car dans la journée qui nous réunit aujourd’hui, et celles qui ont précédé, pour les membres qui l’ont construite au fil de nos réunions, cette valence-là prend tout son sens. D’année en année, continuer à faire vivre cette journée relève de la mission, alors qu’elle constitue véritablement l’unique temps autour d’un objet commun : nous retrouver. De la même manière, continuer à faire vivre le collège des psychologues, et aussi, le CPCI, comme vous le disait Anne Jambrésic, peut parfois relever de la gageure.

L’engagement collectif des psychologues est en berne, au sein d’une époque où le sujet peine à trouver un lieu, un refuge, où il puisse traiter de ses angoisses liées à sa condition d’être humain.

Enfin, Sommes-nous encore en mesure dans nos mondes contemporains d’assurer les missions qui nous incombent, au sein de l’Hôpital, les missions de service public ? Mais aussi plus largement, les psychologues peuvent ils se sentir encore suffisamment tranquilles pour assurer leurs missions dans l’institution dans laquelle ils travaillent ? Et si oui, pour combien de temps encore ?

Aujourd’hui, dans le tourbillon des contraintes et des multiples niveaux d’indifférenciation, nous sommes appelés, me semble-t-il, à soutenir la dignité à laquelle les patients ont droit, à prendre le pouls des équipes violentées par ces langues étrangères du « tout rentable et tout contrôlable » et les accompagner ; à proposer des lectures de ce démantèlement organisé de l’histoire ; à être, comme le disait Serge Manin « force de proposition », pour lutter contre l’effondrement. Acceptons nous d’assurer, « fils et filles de » une continuité d’existence à la génération que constitueront les psychologues de demain ?

Cela suppose inévitablement d’assumer être dans un certain dévoiement à l’intérieur de notre institution qui rame en sens inverse.

Nous traversons un moment dépressif qui perdure. Surmonter la position dépressive, c’est pouvoir reconnaître, et supporter, que les bons peuvent être méchants mais que les méchants, aussi, peuvent être gentils…

A l’hôpital, les formations, celles que nous avons reçues aussi bien que celles que nous pouvons proposer, mais également, quelque chose de l’ordre de la famille, font partie à mon sens du bon.

La famille élargie, pour ma part, de mes collègues psychologues, psychomotriciens, assistantes sociales, infirmiers, éducateurs, orthophonistes, enfin, quand il en existait encore, et de certains médecins avec lesquels l’idée de collaboration conserve tout son sens. Dans ce qui nous relie, une forme de ténacité et la conviction que nous ne pouvons pas être ailleurs que là où nous nous efforçons de rester arrimés, au chevet de nos patients. L’hôpital est le lieu de l’Hospitalité.

Tout cela suppose de pouvoir supporter l’incertitude et le désarroi qui ne sont pas de vains mots nous concernant. C’est plus facile à plusieurs.

Certes, c’est peut-être de l’illusion groupale, mais n’avons-nous pas besoin de cette illusion d’omnipotence pour survivre ?… à l’image de l’enfant qui en jouant, avec toute la force de ses pulsions, surmonte sa douleur et sa peine inhérentes au fait même de vivre. Et ainsi, je finirai par cette phrase de Piera Aulagnier dans la Violence de l’Interprétation qui résonne avec notre journée : « Vivre c’est expérimenter de manière continue ce qui résulte d’une situation de rencontre ».

Axelle M., psychologue clinicienne au CHAI

Vendredi 24 novembre 2017 – Grenoble

1 Frédérique GROS, « Désobéir » ed. Albin Michel, 2017

Le CPCI en 2016, par la Présidente

Rapport d’activité & Rapport moral

du CPCI pour l’année 2016

Présentés lors de l’Assemblée Générale du 8 février 2017,

à la Maison des Associations à Grenoble

L’année 2016 a été une année de transition pour le CPCI, transition due à mon sens à la nouvelle composition du Conseil d’Administration, une nouvelle dynamique de groupe a donc été mise en œuvre. Parallèlement, et en lien avec cette nouvelle dynamique à trouver et créer, le nombre des activités du CPCI a été moindre cette année. Nous allons donc revenir sur ces différents points plus en détail.

Pour rappel, le Collège des Psychologues Cliniciens de l’Isère se donne pour objets : informer le public et les professionnels de la démarche de soin du psychologue, de ses moyens et de ses méthodes regrouper les psychologues en vue d’échanges et de réflexions sur les pratiques développer les activités et la formation des psychologues, favoriser tous les travaux de recherche relatifs à la psychologie clinique défendre la profession et ses principes éthiques 

Rapport d’activité

Le CPCI propose habituellement 4 ateliers de réflexion et d’échanges durant l’année. Cette année, deux ateliers ont eu lieu :

Le premier, le 23 mars 2016, présentait la relaxation psychanalytique, selon la méthode BERGES. Les exposés furent riches. Nous pouvions mettre en parallèle voire en concurrence deux pratiques différentes de la relaxation psychanalytique. Les retours des participants ont été très positifs.

Le second atelier a eu lieu le 27 avril et était plus particulièrement destiné aux étudiants en psychologie. Il fut animé par quatre membres du CPCI de divers horizons et expériences, autour de la relation entre maître de stage et psychologue-stagiaire. La parole a pu circuler librement et spontanément alors que des craintes avaient été exprimées quant au contenu de cet atelier lors de sa préparation en Conseil d’Administration. Que nos  «joyeux animateurs » en soient remerciés.

La rentrée de septembre a vu la reprise des Happy Hours du CPCI pour sa deuxième tournée. Une trentaine de collègues s’est réunie autour d’un verre et d’amuse-gueules dans un bar associatif de Grenoble. Le but de cette rencontre est de favoriser les échanges entre collègues de façon informelle et conviviale.

Puis en novembre, notre Journée Annuelle des Psychologues a été à mon sens un réel succès. Nous étions environ 70 participants. Le thème de cette année  «travailler ensemble nous tue, nous séparer est mortel » développait l’idée de la nécessité de travailler entre collègues, comment, dans quelles instances et à quelles conditions. Mais quid de la rivalité ? L’introduction par Ludovic Gadeau, psychologue, docteur en psychologie et professeur à la fac de Grenoble nous a permis dès les premières heures de la journée de nous fédérer autour des problématiques spécifiques des psychologues, à savoir, le manque de postes alors que le nombre de diplômés est trop important, et l’incapacité ou la difficulté certaine des psychologues à se rassembler pour œuvrer dans le concret à l’exercice de leur métier. Qu’allons-nous faire de ces réflexions, de cette dynamique groupale que nous avons pu ressentir lors de la Journée ? La présence de nos joyeux clowns,  «les Noodles » fut un moment de rires partagés … et une façon de prendre de la distance par rapport à notre métier, aux termes que nous employons qui peuvent sembler quelquefois des gargarismes intellectuels pour qui n’est pas de notre clan. Les retours de la Journée ont été également positifs.

Mais le CPCI, c’est également un réseau, une façon de faire du lien entre collègues via le site Internet et la boite mail.

Nos remerciements s’adressent aux relookeurs de notre site web. Une nouvelle dynamique est insufflée en souhaitant intégrer sur le site les actes de la Journée Annuelle. Pour ma part, j’aimerais que l’on puisse y partager des notes de lecture ou de films. Toute initiative est donc bienvenue.

La boite mail fonctionne également bien, nos adhérents et sympathisants ont maintenant pris l’habitude de l’utiliser pour y déposer une information concernant une conférence, un colloque, une formation et également les offres de stage et d’emploi. Les retours là-aussi sont plus qu’encourageants.

Il n’y a pas eu de conférence à destination du grand public pour les raisons que je vais évoquer. Néanmoins nous pouvons dire :  «Sauter une année c’est pour mieux rebondir l’année suivante ».

Rapport moral

Concernant la composition du Conseil d’Administration, plusieurs piliers du CPCI ont quitté l’association en 2015. Il s’agit de psychologues cliniciennes expérimentées et férues du travail groupal. C’est peu dire que leur absence s’est ressentie dans nos échanges par la suite et peut-être que leur départ ne fut pas suffisamment élaboré. Il a donc fallu que les nouveaux membres trouvent leur place puis fassent groupe. Le poste de trésorier puis trésorière a ainsi pu être repris en douceur.

Trois nouveaux membres ont par ailleurs rejoint le Conseil d’Administration cette année. Ce sont de jeunes psychologues, qui au fil des réunions du CA ont pu trouver leur place. Il nous a de plus semblé important de trouver des temps de rencontre autres que ceux des CA pour se voir, apprendre à se connaître, partager autre chose afin qu’une certaine dynamique voit le jour. Cela fut réalisé en juillet autour d’un verre échangé au Cabaret Frappé, verre renouvelé lors des Happy Hours.

Continuer à développer les liens entre nous me semble opportun à travers notamment l’existence du Conseil d’Administration élargi, dans lequel peuvent s’inscrire les nouveaux adhérents qui souhaitent s’impliquer dans la dynamique du CPCI, sans toutefois faire partie du Conseil d’Administration. L’une d’entre nous est ainsi passée d’invitée permanente en 2015 à membre du CA en 2016.

De même, en 2016, nous avons pu voir s’impliquer une nouvelle collègue. Sa participation à l’animation de l’atelier des étudiants, et son avis consultatif lors des CA nous ont également été fort utiles et étayants.

D’autres adhérents moins disponibles mais néanmoins intéressés par les activités du CPCI et ses raisons d’être ont apportés leurs avis et leurs encouragements, aidant ainsi à la dynamique de l’association.

Enfin, des membres actifs ces dernières années choisissent de moins s’impliquer. Continuer à faire partie du Conseil d’Administration élargi leur permet de rester présents, informés de nos activités. Nous continuons alors de bénéficier de leur réseau étendu, ce qui est toujours utile lors du montage des ateliers ou pour la préparation de la Journée Annuelle des Psychologues.

En écrivant ces quelques lignes, je me disais que nous vivions cette année l’expérience de la séparation, de l’individuation. Le CPCI serait-il en capacité de jouer seul en présence de sa mère ? Seul en ayant en tête ses parents, ses membres fondateurs et ses membres continuateurs.

Et il est facile d’enchaîner par la permanence de l’objet que portent symboliquement quelques membres du CPCI, ayant su laisser leur place de président, de trésorier, pour que de nouveaux visages du CPCI prennent place. Nous les en remercions.

Ce fut une année de transition durant laquelle nous avons traversé des moments de doute, d’agacement, d’abattement. L’atelier raté d’octobre 2016 en fut peut-être l’apogée, le moment de crise que nous avons dépassé peu à peu en retravaillant ensemble le pourquoi et le comment de nos ateliers. Comment continuer à mettre au travail notre pratique, en la partageant avec d’autres, avec ou sans powerpoint mais de préférence sans parce que cela vient signifier quelque chose dans la façon dont nous nous représentons la rencontre avec notre patient, le sujet en souffrance qui vient se confier à nous. Cela affine les valeurs qui agite le CPCI et donne un cadre de pensée suffisamment sécurisant pour tous et en particulier pour ceux qui prennent la responsabilité d’animer un atelier.

Cela vient questionner également notre position de psychologue clinicien. Il ne me semble pas que seuls les psychologues cliniciens soient dans une relation clinique à leurs patients et c’est bien dans ce sens que nous avons souhaité ouvrir les portes du CPCI aux autres approches de la relation d’aide, de la prise en compte de la souffrance psychique, approches qui viennent se compléter quand et seulement quand nous sommes en capacité de nous dire que nous écoutons des niveaux différents de la réalité, de la vie psychique de nos patients. Les thérapies peuvent être psychanalytiques, systémiques, développementales, corporelles, elles sont et demeurent des thérapies, qui vont convenir à un moment donné dans la vie d’un sujet.

Le dernier rapport moral, en 2015, évoquait une mutation, je parle de transition aujourd’hui. Il me semble que le CPCI achève la construction de sa nouvelle identité, de sa nouvelle peau et est prêt à aller se frotter à l’environnement extérieur.

Anne J. Présidente

Atelier étudiant, mars 2017

Le 8 mars 2017 à 20h, le CPCI organisait son rendez-vous annuel avec les étudiants, sur le Campus en salle de l’Espace EVE.

Du côté du CPCI : 5 membres ont animé cet atelier.

Du coté des étudiants venus nombreux (21 au total), il y avait :

  • 15 étudiants de Master 1 (dont 12 de l’UPMF Grenoble, 1 de Lyon 2 et 1 de Montpellier)

  • 5 étudiants en Master 2 (2 de Grenoble, 1 Chambéry, 1 Lyon 2 et 1 Paris 8)

14 d’entre eux étaient en cours de stage.

Nous avions aussi un jeune ingénieur, ami d’étudiants en Master de Psychologie, qui était alors engagé dans le déroulement de la Semaine du Cerveau, et de ce fait intéressé par cette rencontre. Cet atelier est destiné aux étudiants en Psychologie, mais nous l’avons invité à rester.

Nous avons commencé par introduire sur les activités de notre association et sur l’histoire de cet atelier.

Nous avons ensuite engagé nos échanges librement à partir de l’énoncé :

« Un étudiant, un maître de stage, une institution : attentes, rencontre et transmission »

Durant deux heures les échanges ont été riches et fluides au plus près des interrogations des étudiants quant à :

– l’identité professionnelle,

– la question des stages (les difficultés pour en trouver et les difficultés avec les maitres de stage),

– la sélection au cours des études,

– les différentes orientations conceptuelles qui sous-tendent l’organisation des études dans chaque université,

– le statut du psychologue dans le monde du travail,

– le marché du travail,

– la spécificité de la posture du psychologue.

Nous retenons une question qui témoigne de la particularité de notre métier des sciences humaines, en perpétuel remise en question, en perpétuel « apprentissage » :

« Est-ce qu’on se sent prêt après le diplôme ? »

Nous avons pu, semble-t-il, éclaircir leur questionnement quant :

  • à la définition de clinicien « tourné/incliné vers le sujet », rappelant surtout notre posture spécifique de reconnaissance du sujet dans son individualité d’être et de liberté psychique. (rappel du Code de déontologie)

  • au temps FIR

  • au statut de Cadre et notre hiérarchie administrative et non pas médicale

  • à la nécessité d’outils et de ressources pour travailler/penser sur sa pratique tout au long de la carrière.

Ouverture de la Journée Annuelle des Psychologues – novembre 2016

Ouverture de la Journée Annuelle des Psychologues

par Anne J., présidente du CPCI

Bienvenue à la 11ème journée annuelle des psychologues de l’Isère. La première journée avait donc eu lieu en 2005. Au fil des années, nous avons développé nos échanges sur la place des psychologues dans les institutions et dans la société en lien avec les mutations qui leur sont inhérentes. Nous avions abordé l’année dernière la question de la complémentarité de nos pratiques. Nous continuons aujourd’hui notre travail de réflexion sur l’identité des psychologues et nous nous intéresserons plus particulièrement au « travailler ensemble ».

L’identité et le travail sont deux notions inséparables et c’est par là que je vais attraper les ficelles qui nous permettront de faire défiler notre journée.

Le travail est central dans la construction identitaire. Il entre en forte résonance symbolique avec notre identité personnelle, notre histoire infantile. C’est bien la singularité de notre parcours personnel qui nous pousse à mettre en place une certaine pratique puis à la modifier, jusqu’à peut-être sortir des rails théoriques. Travailler avec d’autres disciplines, articuler sa pratique à celle des autres, bref, coopérer, n’aboutit pas, nous l’espérons, au flou des pratiques. Bien au contraire, travailler de façon pluridisciplinaire aiguise les règles du métier, les déontologies de chaque discipline. Sortir des rails, oui, peut-être pas seul alors. Le risque serait de perdre la reconnaissance de ses pairs lorsque l’on change de posture professionnelle. Défricher de nouveaux champs cliniques avec des concepts et des pratiques non encore validés peut générer la mise au ban, l’isolement, l’arrêt d’une carrière, la nécessité impérieuse de quitter l’institution dans laquelle on travaille.

Comme le dit Alain-Noël HENRI dans « la formation en psychologie, filiation bâtarde, transmission troublée » ouvrage paru en 2004 :

« Les psychologues doivent travailler à trouver leur style, à devenir le chercheur qu’ils peuvent être face à des énigmes inéluctablement douloureuses et angoissantes. On dit souvent que pour être psychanalyste, il faut avoir réinventé la psychanalyse pour son propre compte dans l’expérience de sa propre cure, le psychologue doit réinventer les théories psychologiques pour son propre compte, dans l’expérience qui consiste à élucider ce qui en soi et autour de soi fait énigme pour lui. « 

Il me plaît de reprendre l’image développée par le psychanalyste Paul Montangerand, dans son ouvrage « la voie du thérapeute » :

« Nous appartenons aux générations qui succèdent à celle des grands pionniers, comme un cartographe devant les premiers explorateurs du continent africain. Ils [Ces cartographes] avaient les uns et les autres établi leurs tracés qui ne concordaient pas toujours, mais ils procédaient d’expériences vécues. A nous de voir comment tenir ensemble ces tracés de manière à établir notre propre carte du continent.« 

Le psychologue acquiert en partie son identité lors de sa formation initiale et c’est bien notre propos aujourd’hui. Le souci de rigueur scientifique et méthodologique appris dans le cursus universitaire fait partie des éléments de base auxquels s’ajoute une dimension particulière à ce métier qui tient à ce que la rencontre humaine ne peut être enfermée dans une rationalité codifiable ou programmée. Cette dimension est celle de la subjectivité et de l’intersubjectivité. Elle définira, pour le praticien, sa manière d’être et son implication dans la relation à l’autre. La transmission universitaire de cette « manière d’être » demeure relativement aléatoire. Ludovic GADEAU apportera peut-être des éclaircissements, son point de vue, à ce qui signifie pour un enseignant, pour un praticien, cette « manière d’être psychologue ».

Le savoir-faire alors ? Un savoir-faire psychologique dont on entrerait en possession lors de l’obtention du diplôme que l’on a tant désiré. On pourrait croire alors avoir acquis une maîtrise intellectuelle sur un savoir psychologique. Un tel « savoir-faire psychologique », je cite à nouveau Alain-Noël HENRI, deviendrait alors l’équivalent d’un « prêt à porter » qui éviterait, par là-même, de donner à penser ou à remettre en pensée ce qui se joue dans la rencontre avec un usager, usager que nous entendons dans le sens du sujet dont on écoute la parole : sujet individuel, couple, groupe, institution. Oserions-nous alors travailler avec un/une collègue en psychodrame ? Quelles conditions faut-il remplir pour que cela puisse aboutir ? Les conditions énoncées ne relèvent-elles pas d’un processus inconscient ?

« Nous ne sommes donc jamais vraiment psychologues » comme le faisait remarquer Jean Guillaumin à ses étudiants, mais nous essayons de nous maintenir psychologues, entreprise peu sécurisante, qui nous confronte sans cesse à nos manques, nos doutes, nos failles et nos défaillances narcissiques. C’est dans ce travail de désillusion par rapport à un « tout savoir » et un « tout pouvoir » que le psychologue trouvera sa plus juste place.

Travailler ensemble alors. C’est la réalité d’aujourd’hui, nous travaillons avec des psychologues cliniciens, des neuropsychologues, des psychologues du travail. Les théories, en psychologie, sont multiples : psychologie expérimentale, différentielle, sociale, clinique, ethnopsychiatrique, cognitiviste, comportementaliste, … Notre travail est différent mais je me pose la question et nous pose la question : les psychologues cliniciens sont-ils plus cliniciens qu’un neuropsychologue, lorsque l’on se réfère à l’étymologie du mot « clinique » ? L’objet d’étude du psychologue du travail est-il les organisations ou l’humain dans l’organisation du travail ?

Travailler ensemble et accéder à la parole de l’autre, l’autre identique à nous-mêmes de par sa fonction ? Faire partie d’un groupe de supervision, d’un groupe d’intervision, est-ce se mettre en danger ou être en capacité d’accéder à une groupalité interne ? C’est mettre au travail notre « prêt à porter », notre prêt à penser, c’est modifier, diversifier notre garde-robe de mots, de concepts, de clés de compréhension.

Travailler ensemble alors et prendre conscience de cette part de rivalité inhérente dans cette rencontre, entendre nos propres enjeux narcissiques et ceux de nos collègues. En travaillant avec nos pairs – P.A.I.R.S – c’est revisiter notre relation à nos frères et sœurs, notre histoire infantile avec elles et eux, nos fantasmes les concernant. Serait-il alors bienvenu et nécessaire que dans tout collègue il y ait un adversaire ?

Puis se séparer enfin pour devenir soi. J’espère qu’un jour les psychologues pourront devenir eux-mêmes dans leurs institutions et dans l’image qu’ils / que nous véhiculons dans la société. Deviens ce que tu es, disait Nietzsche. Cela nous invite à sortir de notre routine professionnelle, nous pousse au dépassement de soi et à la transcendance.

25 novembre 2016, à Grenoble

Anne J., Présidente du CPCI

Bibliographie :

A.-N. HENRI & P. MERCADER, La formation en psychologie, Filiation bâtarde, transmission troublée, Presses Universitaires de Lyon, 2004.

P. MONTENGERAND, La voie du thérapeute, sa propre édition, 2003.

Former n’est pas transmettre – Malaise dans la construction identitaire des psychologues, par Ludovic Gadeau à la JAP 2016

Former n’est pas transmettre

Malaise dans la construction identitaire des psychologues

Par Ludovic Gadeau

Evolution des logiques de fonctionnement à l’université et des incidences que cela a sur la formation des psychologues :

  • Depuis la loi Pécresse (Loi LRU de 2007), Le fonctionnement des universités a considérablement évolué :
    • Pour une meilleure lisibilité internationale, les établissements et les laboratoires doivent se regrouper en des ensembles de plus en plus gros. Ils sont mis en compétition pour obtenir des dotations de type Labex ou Idex qui assurent le fonctionnement des laboratoires. La principale source d’évaluation des laboratoires et des chercheurs, ce sont les publications.
    • Les enseignants-chercheurs sont évalués essentiellement à partir de leurs travaux de recherche et pas du tout à partir de leur investissement pédagogique. Et les travaux de recherches sont évalués à partir des revues dans lesquels ces travaux sont publiés. Il existe une liste référencée des revues dites à comité de lecture (il y en a 300 dont moins de 5% en langue française). Ces revues sont dans leur extrême majorité des revues anglo-saxonnes. Cela signifie que pour pouvoir publier dans ces revues, il faut accepter les standards de la recherche tels qu’ils sont prônés par ces revues. L’indice h (indice de Hirsch) est un calcul savant du nombre de citations et du nombre d’articles publiés. Plus l’indice est élevé et plus la valeur du chercheur est réputée grande. Mais cet indice ne dit pas si on est cité pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ce qui le rend en partie absurde… Tout cela conduit à devoir développer des stratégies pour « exister » et se rendre « visible »….
  • Il n’existe aucun statut prévu pour les enseignants-chercheurs psychologues praticiens. Cela signifie que de nombreux enseignants en clinique n’ont aucune pratique ou alors ont cessé le contact avec le terrain (autrement que par la recherche) à leur entrée dans la fonction d’enseignant-chercheur.
  • Disparition progressive de la psychanalyse à l’université : aujourd’hui sur les 35 universités françaises, seulement 12 ont un laboratoire de recherche où la psychanalyse est la théorie de référence (Aix-Marseille, Lille 3, Lyon 2, Montpellier 3 Paris 5, 7, 8, 10 et 13), Rennes 2, Strasbourg, Toulouse 2).
  • En 2016-17 : délivrance au plan national de 4967 diplômes de psychologie dont 2366 en clinique (il y avait en 2000 1595 places de master 2 clinique). Au niveau local, en clinique : dépt 73 = 85 ; dépt 38 = 85 ; dépt 69 = 175+30 sans compter les masters recherche (en santé, intervention, etc = 110. Total en clinique sur la région = 400. Se pose la question de l’insertion professionnelle des étudiants en raison de la faible adéquation entre le nombre de diplômés et le nombre d’emplois existants. Il n’y a aucune instance nationale qui vienne réguler le nombre de diplômés au regard du marché de l’emploi.
  • Avec la réforme LMD, sans qu’on en parle beaucoup, la valeur symbolique de la formation des psychologues s’est artificiellement dégradée depuis la mise en place de l’harmonisation européenne des diplômes. Jusqu’en 2002, le diplôme de psychologue était de niveau 3ème cycle. Depuis, il est devenu un diplôme de 2ème cycle.
  • Il n’y a pas de définition nationale des compétences professionnelles attendues au niveau Licence, master, et doctorat. Chaque porteur de mention les définit lui-même. Cela produit non seulement une sorte d’hétérogénéité dans les formations. Cela peut conduire à une hyperspécialisation des parcours de formation et faire des psychologues spécialisés dans un domaine et partiellement ignorants des gestes professionnels de base. Il y a là le risque de rabattre la profession de psychologue du côté du psychotechnicien.

La vulnérabilité institutionnelle :

Ajouté à ce contexte général, je voudrais formuler quelques remarques qui de mon point de vue soulignent combien les psychologues sont en position de vulnérabilité institutionnelle.

Je suis frappé par le fait que, souvent, les psychologues doivent réexpliquer ce qu’est leur travail dans les institutions qui les emploient, comme si ça n’était pas compris et lorsque ça l’était (ou paraissait l’être) ça ne tenait pas dans le temps. Comme si au fond la nature du travail des cliniciens ne s’inscrivait nulle part dans l’institution.

Est-ce que cette non-inscription est inhérente à la nature même du travail du psychologue clinicien, auquel cas il doit porter cette croix en permanence (et la formation devrait en tenir compte parce que ce n’est pas facile de se sentir attaqué dans la légitimité de ses interventions et même de sa place).

Ou est-ce que cette non-inscription tient à autre chose : c’est un peu l’hypothèse que je formule. Il me semble que ce défaut d’inscription renvoie à deux choses :

    • à une sorte de négativité de l’identité dans l’institution.
    • A un amoindrissement des aspects performatifs de la parole des psychologues à un niveau institutionnel/administratif.

La négativité me semble à l’œuvre dans le fait qu’il semble plus facile au psychologue de dire ce qu’il ne fait pas ou n’est pas que de dire ce qu’il est ou fait. Elle est à l’œuvre également en ceci que, bien que le psychologue ait un statut de cadre, rien dans son positionnement institutionnel ne semble se référer à cela : ni la rémunération, ni l’autonomie clinique, ni la responsabilité institutionnelle. La négativité est encore à l’œuvre dans le fait que les cliniciens cultivent une sorte de position d’exception, une position non classable dans l’institution.

Cette négativité se retrouve aussi, me semble-t-il, dans la façon dont la profession essaie de défendre ses intérêts :

    • Notre profession a du mal à savoir trouver son unité quand c’est nécessaire pour défendre ses propres intérêts.
    • C’est probablement une faiblesse des sciences humaines dans leur ensemble si on les compare aux sciences de la nature : par exemple les physiciens, les biologistes savent mettre en parenthèse le narcissisme des petites différences quand des intérêts supérieurs sont en jeu.

Les aspects performatifs de la parole du psychologue au niveau institutionnel sont amoindris parce que notre profession ne parvient pas à franchir le cap de la mise en place d’une autorité de régulation de l’exercice professionnel et à se faire représenter par elle.

Les psychologues ont besoin, pour travailler dans les institutions, d’une certaine mise en sécurité psychique, et cette sécurité n’est pas toujours assurée par l’employeur. Nous devons la garantir nous-mêmes.

La vulnérabilité institutionnelle serait atténuée et l’identité professionnelle renforcée :

  • Si le code de déontologie était opposable sur le plan juridique.
  • Si la profession se dotait d’une instance (ordre ou haute autorité) qui représente la profession face aux pouvoirs publics et soit le garant du respect du code de déontologie.
  • Si on découplait les titres et diplômes du droit d’exercer : les diplômes sont attribués par l’université et de droit d’exercer serait une prérogative de cette instance (ce qui permettrait aux professionnels d’avoir un droit de regard sur les formations dispensées et d’en assurer l’homogénéité du point de vue des compétences attendues).

Est-ce que notre profession est parvenue à un degré de maturité suffisant pour se souder autour d’objectifs communs de cette sorte ? Je laisse la question ouverte.

L’identité professionnelle devrait se construire à partir de deux pôles :

  • Celui de la filiation (transmission)
  • Celui de l’affiliation (instance de référence professionnelle, haut conseil, etc.).

Comment différencier formation et transmission ? Ce n’est évidemment pas simple parce qu’il y a des zones de recouvrement entre les deux champs, mais disons que la formation est à la connaissance objectivée ce que la transmission serait au savoir subjectivable. La formation est davantage du côté de l’universitaire et la transmission davantage du côté du praticien référent de stage.

La formation, on voit assez bien ce à quoi ça renvoie : des contenus académiques, un état actualisé des connaissances nécessaires au sujet à former, des méthodes de travail, une évaluation de ce qui est supposé être compris ou maîtrisé.

La transmission, c’est plus compliqué à appréhender : la transmission est un transfert : d’ailleurs Ubertragung, en allemand c’est au sens premier : transmission. La transmission, c’est un transfert croisé, dans lequel quelque chose est mis en circulation entre le maître et l’élève. Entre le maître-formateur et l’élève transite une sorte de concentré d’expérience qui est attente de décompactage (ce serait ça le savoir subjectivable). Ce quelque chose qui se transfert, c’est à mon sens un héritage, c’est-à-dire quelque chose qui vient du passé et devient un passé commun, un passé qui fait communauté, un passé présentifié qui assure une filiation à celui qui le reçoit. Transmettre, c’est inscrire l’autre dans une filiation. La filiation c’est le versant diachronique de l’identité professionnelle.

Mais l’identité professionnelle a besoin aussi de son correspondant dans la réalité objective : c’est l’affiliation. L’affiliation c’est le versant synchronique de l’identité professionnelle. L’affiliation identitaire serait favorisée par l’existence d’une instance commune (haute autorité ou conseil de l’ordre) en ce qu’elle pourrait veiller aux intérêts et aux exigences de la profession et ainsi assurer à la génération à venir la protection nécessaire à l’exercice de la profession.

Former n’est pas transmettre

Malaise dans la construction identitaire des psychologues

Par Ludovic Gadeau

Evolution des logiques de fonctionnement à l’université et des incidences que cela a sur la formation des psychologues :

  • Depuis la loi Pécresse (Loi LRU de 2007), Le fonctionnement des universités a considérablement évolué :
    • Pour une meilleure lisibilité internationale, les établissements et les laboratoires doivent se regrouper en des ensembles de plus en plus gros. Ils sont mis en compétition pour obtenir des dotations de type Labex ou Idex qui assurent le fonctionnement des laboratoires. La principale source d’évaluation des laboratoires et des chercheurs, ce sont les publications.
    • Les enseignants-chercheurs sont évalués essentiellement à partir de leurs travaux de recherche et pas du tout à partir de leur investissement pédagogique. Et les travaux de recherches sont évalués à partir des revues dans lesquels ces travaux sont publiés. Il existe une liste référencée des revues dites à comité de lecture (il y en a 300 dont moins de 5% en langue française). Ces revues sont dans leur extrême majorité des revues anglo-saxonnes. Cela signifie que pour pouvoir publier dans ces revues, il faut accepter les standards de la recherche tels qu’ils sont prônés par ces revues. L’indice h (indice de Hirsch) est un calcul savant du nombre de citations et du nombre d’articles publiés. Plus l’indice est élevé et plus la valeur du chercheur est réputée grande. Mais cet indice ne dit pas si on est cité pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ce qui le rend en partie absurde… Tout cela conduit à devoir développer des stratégies pour « exister » et se rendre « visible »….
  • Il n’existe aucun statut prévu pour les enseignants-chercheurs psychologues praticiens. Cela signifie que de nombreux enseignants en clinique n’ont aucune pratique ou alors ont cessé le contact avec le terrain (autrement que par la recherche) à leur entrée dans la fonction d’enseignant-chercheur.
  • Disparition progressive de la psychanalyse à l’université : aujourd’hui sur les 35 universités françaises, seulement 12 ont un laboratoire de recherche où la psychanalyse est la théorie de référence (Aix-Marseille, Lille 3, Lyon 2, Montpellier 3 Paris 5, 7, 8, 10 et 13), Rennes 2, Strasbourg, Toulouse 2).
  • En 2016-17 : délivrance au plan national de 4967 diplômes de psychologie dont 2366 en clinique (il y avait en 2000 1595 places de master 2 clinique). Au niveau local, en clinique : dépt 73 = 85 ; dépt 38 = 85 ; dépt 69 = 175+30 sans compter les masters recherche (en santé, intervention, etc = 110. Total en clinique sur la région = 400. Se pose la question de l’insertion professionnelle des étudiants en raison de la faible adéquation entre le nombre de diplômés et le nombre d’emplois existants. Il n’y a aucune instance nationale qui vienne réguler le nombre de diplômés au regard du marché de l’emploi.
  • Avec la réforme LMD, sans qu’on en parle beaucoup, la valeur symbolique de la formation des psychologues s’est artificiellement dégradée depuis la mise en place de l’harmonisation européenne des diplômes. Jusqu’en 2002, le diplôme de psychologue était de niveau 3ème cycle. Depuis, il est devenu un diplôme de 2ème cycle.
  • Il n’y a pas de définition nationale des compétences professionnelles attendues au niveau Licence, master, et doctorat. Chaque porteur de mention les définit lui-même. Cela produit non seulement une sorte d’hétérogénéité dans les formations. Cela peut conduire à une hyperspécialisation des parcours de formation et faire des psychologues spécialisés dans un domaine et partiellement ignorants des gestes professionnels de base. Il y a là le risque de rabattre la profession de psychologue du côté du psychotechnicien.

La vulnérabilité institutionnelle :

Ajouté à ce contexte général, je voudrais formuler quelques remarques qui de mon point de vue soulignent combien les psychologues sont en position de vulnérabilité institutionnelle.

Je suis frappé par le fait que, souvent, les psychologues doivent réexpliquer ce qu’est leur travail dans les institutions qui les emploient, comme si ça n’était pas compris et lorsque ça l’était (ou paraissait l’être) ça ne tenait pas dans le temps. Comme si au fond la nature du travail des cliniciens ne s’inscrivait nulle part dans l’institution.

Est-ce que cette non-inscription est inhérente à la nature même du travail du psychologue clinicien, auquel cas il doit porter cette croix en permanence (et la formation devrait en tenir compte parce que ce n’est pas facile de se sentir attaqué dans la légitimité de ses interventions et même de sa place).

Ou est-ce que cette non-inscription tient à autre chose : c’est un peu l’hypothèse que je formule. Il me semble que ce défaut d’inscription renvoie à deux choses :

    • à une sorte de négativité de l’identité dans l’institution.
    • A un amoindrissement des aspects performatifs de la parole des psychologues à un niveau institutionnel/administratif.

La négativité me semble à l’œuvre dans le fait qu’il semble plus facile au psychologue de dire ce qu’il ne fait pas ou n’est pas que de dire ce qu’il est ou fait. Elle est à l’œuvre également en ceci que, bien que le psychologue ait un statut de cadre, rien dans son positionnement institutionnel ne semble se référer à cela : ni la rémunération, ni l’autonomie clinique, ni la responsabilité institutionnelle. La négativité est encore à l’œuvre dans le fait que les cliniciens cultivent une sorte de position d’exception, une position non classable dans l’institution.

Cette négativité se retrouve aussi, me semble-t-il, dans la façon dont la profession essaie de défendre ses intérêts :

    • Notre profession a du mal à savoir trouver son unité quand c’est nécessaire pour défendre ses propres intérêts.
    • C’est probablement une faiblesse des sciences humaines dans leur ensemble si on les compare aux sciences de la nature : par exemple les physiciens, les biologistes savent mettre en parenthèse le narcissisme des petites différences quand des intérêts supérieurs sont en jeu.

Les aspects performatifs de la parole du psychologue au niveau institutionnel sont amoindris parce que notre profession ne parvient pas à franchir le cap de la mise en place d’une autorité de régulation de l’exercice professionnel et à se faire représenter par elle.

Les psychologues ont besoin, pour travailler dans les institutions, d’une certaine mise en sécurité psychique, et cette sécurité n’est pas toujours assurée par l’employeur. Nous devons la garantir nous-mêmes.

La vulnérabilité institutionnelle serait atténuée et l’identité professionnelle renforcée :

  • Si le code de déontologie était opposable sur le plan juridique.
  • Si la profession se dotait d’une instance (ordre ou haute autorité) qui représente la profession face aux pouvoirs publics et soit le garant du respect du code de déontologie.
  • Si on découplait les titres et diplômes du droit d’exercer : les diplômes sont attribués par l’université et de droit d’exercer serait une prérogative de cette instance (ce qui permettrait aux professionnels d’avoir un droit de regard sur les formations dispensées et d’en assurer l’homogénéité du point de vue des compétences attendues).

Est-ce que notre profession est parvenue à un degré de maturité suffisant pour se souder autour d’objectifs communs de cette sorte ? Je laisse la question ouverte.

L’identité professionnelle devrait se construire à partir de deux pôles :

  • Celui de la filiation (transmission)
  • Celui de l’affiliation (instance de référence professionnelle, haut conseil, etc.).

Comment différencier formation et transmission ? Ce n’est évidemment pas simple parce qu’il y a des zones de recouvrement entre les deux champs, mais disons que la formation est à la connaissance objectivée ce que la transmission serait au savoir subjectivable. La formation est davantage du côté de l’universitaire et la transmission davantage du côté du praticien référent de stage.

La formation, on voit assez bien ce à quoi ça renvoie : des contenus académiques, un état actualisé des connaissances nécessaires au sujet à former, des méthodes de travail, une évaluation de ce qui est supposé être compris ou maîtrisé.

La transmission, c’est plus compliqué à appréhender : la transmission est un transfert : d’ailleurs Ubertragung, en allemand c’est au sens premier : transmission. La transmission, c’est un transfert croisé, dans lequel quelque chose est mis en circulation entre le maître et l’élève. Entre le maître-formateur et l’élève transite une sorte de concentré d’expérience qui est attente de décompactage (ce serait ça le savoir subjectivable). Ce quelque chose qui se transfert, c’est à mon sens un héritage, c’est-à-dire quelque chose qui vient du passé et devient un passé commun, un passé qui fait communauté, un passé présentifié qui assure une filiation à celui qui le reçoit. Transmettre, c’est inscrire l’autre dans une filiation. La filiation c’est le versant diachronique de l’identité professionnelle.

Mais l’identité professionnelle a besoin aussi de son correspondant dans la réalité objective : c’est l’affiliation. L’affiliation c’est le versant synchronique de l’identité professionnelle. L’affiliation identitaire serait favorisée par l’existence d’une instance commune (haute autorité ou conseil de l’ordre) en ce qu’elle pourrait veiller aux intérêts et aux exigences de la profession et ainsi assurer à la génération à venir la protection nécessaire à l’exercice de la profession.

Former n’est pas transmettre

Malaise dans la construction identitaire des psychologues

Par Ludovic Gadeau

Evolution des logiques de fonctionnement à l’université et des incidences que cela a sur la formation des psychologues :

  • Depuis la loi Pécresse (Loi LRU de 2007), Le fonctionnement des universités a considérablement évolué :
    • Pour une meilleure lisibilité internationale, les établissements et les laboratoires doivent se regrouper en des ensembles de plus en plus gros. Ils sont mis en compétition pour obtenir des dotations de type Labex ou Idex qui assurent le fonctionnement des laboratoires. La principale source d’évaluation des laboratoires et des chercheurs, ce sont les publications.
    • Les enseignants-chercheurs sont évalués essentiellement à partir de leurs travaux de recherche et pas du tout à partir de leur investissement pédagogique. Et les travaux de recherches sont évalués à partir des revues dans lesquels ces travaux sont publiés. Il existe une liste référencée des revues dites à comité de lecture (il y en a 300 dont moins de 5% en langue française). Ces revues sont dans leur extrême majorité des revues anglo-saxonnes. Cela signifie que pour pouvoir publier dans ces revues, il faut accepter les standards de la recherche tels qu’ils sont prônés par ces revues. L’indice h (indice de Hirsch) est un calcul savant du nombre de citations et du nombre d’articles publiés. Plus l’indice est élevé et plus la valeur du chercheur est réputée grande. Mais cet indice ne dit pas si on est cité pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ce qui le rend en partie absurde… Tout cela conduit à devoir développer des stratégies pour « exister » et se rendre « visible »….
  • Il n’existe aucun statut prévu pour les enseignants-chercheurs psychologues praticiens. Cela signifie que de nombreux enseignants en clinique n’ont aucune pratique ou alors ont cessé le contact avec le terrain (autrement que par la recherche) à leur entrée dans la fonction d’enseignant-chercheur.
  • Disparition progressive de la psychanalyse à l’université : aujourd’hui sur les 35 universités françaises, seulement 12 ont un laboratoire de recherche où la psychanalyse est la théorie de référence (Aix-Marseille, Lille 3, Lyon 2, Montpellier 3 Paris 5, 7, 8, 10 et 13), Rennes 2, Strasbourg, Toulouse 2).
  • En 2016-17 : délivrance au plan national de 4967 diplômes de psychologie dont 2366 en clinique (il y avait en 2000 1595 places de master 2 clinique). Au niveau local, en clinique : dépt 73 = 85 ; dépt 38 = 85 ; dépt 69 = 175+30 sans compter les masters recherche (en santé, intervention, etc = 110. Total en clinique sur la région = 400. Se pose la question de l’insertion professionnelle des étudiants en raison de la faible adéquation entre le nombre de diplômés et le nombre d’emplois existants. Il n’y a aucune instance nationale qui vienne réguler le nombre de diplômés au regard du marché de l’emploi.
  • Avec la réforme LMD, sans qu’on en parle beaucoup, la valeur symbolique de la formation des psychologues s’est artificiellement dégradée depuis la mise en place de l’harmonisation européenne des diplômes. Jusqu’en 2002, le diplôme de psychologue était de niveau 3ème cycle. Depuis, il est devenu un diplôme de 2ème cycle.
  • Il n’y a pas de définition nationale des compétences professionnelles attendues au niveau Licence, master, et doctorat. Chaque porteur de mention les définit lui-même. Cela produit non seulement une sorte d’hétérogénéité dans les formations. Cela peut conduire à une hyperspécialisation des parcours de formation et faire des psychologues spécialisés dans un domaine et partiellement ignorants des gestes professionnels de base. Il y a là le risque de rabattre la profession de psychologue du côté du psychotechnicien.

La vulnérabilité institutionnelle :

Ajouté à ce contexte général, je voudrais formuler quelques remarques qui de mon point de vue soulignent combien les psychologues sont en position de vulnérabilité institutionnelle.

Je suis frappé par le fait que, souvent, les psychologues doivent réexpliquer ce qu’est leur travail dans les institutions qui les emploient, comme si ça n’était pas compris et lorsque ça l’était (ou paraissait l’être) ça ne tenait pas dans le temps. Comme si au fond la nature du travail des cliniciens ne s’inscrivait nulle part dans l’institution.

Est-ce que cette non-inscription est inhérente à la nature même du travail du psychologue clinicien, auquel cas il doit porter cette croix en permanence (et la formation devrait en tenir compte parce que ce n’est pas facile de se sentir attaqué dans la légitimité de ses interventions et même de sa place).

Ou est-ce que cette non-inscription tient à autre chose : c’est un peu l’hypothèse que je formule. Il me semble que ce défaut d’inscription renvoie à deux choses :

    • à une sorte de négativité de l’identité dans l’institution.
    • A un amoindrissement des aspects performatifs de la parole des psychologues à un niveau institutionnel/administratif.

La négativité me semble à l’œuvre dans le fait qu’il semble plus facile au psychologue de dire ce qu’il ne fait pas ou n’est pas que de dire ce qu’il est ou fait. Elle est à l’œuvre également en ceci que, bien que le psychologue ait un statut de cadre, rien dans son positionnement institutionnel ne semble se référer à cela : ni la rémunération, ni l’autonomie clinique, ni la responsabilité institutionnelle. La négativité est encore à l’œuvre dans le fait que les cliniciens cultivent une sorte de position d’exception, une position non classable dans l’institution.

Cette négativité se retrouve aussi, me semble-t-il, dans la façon dont la profession essaie de défendre ses intérêts :

    • Notre profession a du mal à savoir trouver son unité quand c’est nécessaire pour défendre ses propres intérêts.
    • C’est probablement une faiblesse des sciences humaines dans leur ensemble si on les compare aux sciences de la nature : par exemple les physiciens, les biologistes savent mettre en parenthèse le narcissisme des petites différences quand des intérêts supérieurs sont en jeu.

Les aspects performatifs de la parole du psychologue au niveau institutionnel sont amoindris parce que notre profession ne parvient pas à franchir le cap de la mise en place d’une autorité de régulation de l’exercice professionnel et à se faire représenter par elle.

Les psychologues ont besoin, pour travailler dans les institutions, d’une certaine mise en sécurité psychique, et cette sécurité n’est pas toujours assurée par l’employeur. Nous devons la garantir nous-mêmes.

La vulnérabilité institutionnelle serait atténuée et l’identité professionnelle renforcée :

  • Si le code de déontologie était opposable sur le plan juridique.
  • Si la profession se dotait d’une instance (ordre ou haute autorité) qui représente la profession face aux pouvoirs publics et soit le garant du respect du code de déontologie.
  • Si on découplait les titres et diplômes du droit d’exercer : les diplômes sont attribués par l’université et de droit d’exercer serait une prérogative de cette instance (ce qui permettrait aux professionnels d’avoir un droit de regard sur les formations dispensées et d’en assurer l’homogénéité du point de vue des compétences attendues).

Est-ce que notre profession est parvenue à un degré de maturité suffisant pour se souder autour d’objectifs communs de cette sorte ? Je laisse la question ouverte.

L’identité professionnelle devrait se construire à partir de deux pôles :

  • Celui de la filiation (transmission)
  • Celui de l’affiliation (instance de référence professionnelle, haut conseil, etc.).

Comment différencier formation et transmission ? Ce n’est évidemment pas simple parce qu’il y a des zones de recouvrement entre les deux champs, mais disons que la formation est à la connaissance objectivée ce que la transmission serait au savoir subjectivable. La formation est davantage du côté de l’universitaire et la transmission davantage du côté du praticien référent de stage.

La formation, on voit assez bien ce à quoi ça renvoie : des contenus académiques, un état actualisé des connaissances nécessaires au sujet à former, des méthodes de travail, une évaluation de ce qui est supposé être compris ou maîtrisé.

La transmission, c’est plus compliqué à appréhender : la transmission est un transfert : d’ailleurs Ubertragung, en allemand c’est au sens premier : transmission. La transmission, c’est un transfert croisé, dans lequel quelque chose est mis en circulation entre le maître et l’élève. Entre le maître-formateur et l’élève transite une sorte de concentré d’expérience qui est attente de décompactage (ce serait ça le savoir subjectivable). Ce quelque chose qui se transfert, c’est à mon sens un héritage, c’est-à-dire quelque chose qui vient du passé et devient un passé commun, un passé qui fait communauté, un passé présentifié qui assure une filiation à celui qui le reçoit. Transmettre, c’est inscrire l’autre dans une filiation. La filiation c’est le versant diachronique de l’identité professionnelle.

Mais l’identité professionnelle a besoin aussi de son correspondant dans la réalité objective : c’est l’affiliation. L’affiliation c’est le versant synchronique de l’identité professionnelle. L’affiliation identitaire serait favorisée par l’existence d’une instance commune (haute autorité ou conseil de l’ordre) en ce qu’elle pourrait veiller aux intérêts et aux exigences de la profession et ainsi assurer à la génération à venir la protection nécessaire à l’exercice de la profession.

Grenoble, novembre 2016

Ludovic Gadeau

Conférence de 2015 : Pourquoi tant de haine aujourd’hui ? avec Albert Ciccone

conférence organisée le 5 mai 2015 par le CPCI :

 

Pourquoi tant de haine aujourd’hui ?

avec Albert Ciccone

Psychologue, Psychanalyste, Professeur de Psychopathologie et Psychologie Clinique à l’Université Lyon II.

La société d’aujourd’hui semble avoir de plus en plus de mal à contenir les mouvements de haine. Cette conférence interrogera les sources, enjeux et effets de la haine du point de vue de la psychologie, qu’ils se manifestent dans le lien familial, social ou aussi de soin. Nous ne pouvons nier la haine dans les relations ordinaires mais quel type de lien participe-t-elle à nouer et quel rapport entretient-elle avec l’agressivité, la destructivité ou l’amour ?

Les Journées Annuelles des Psychologues, de 2007 à 2015

     Depuis 2007, le Collège des Psychologues Cliniciens de l’Isère, en association avec le Collège des Psychologues du Centre Hospitalier Alpes Isère, organisent la journée annuelle des psychologues, chaque 3ème vendredi de novembre.

Cette journée, s’organisant autour d’interventions en salle plénière, puis d’échanges en groupes restreints, permet d’aborder des thèmes transversaux dans un cadre de réflexion, de partage d’expériences.

2015 – Démarche de soin, demande d’expertise : quelles possibles complémentarités ? (argument ci-dessous)

2014 – La crise, une désorganisation féconde ?

2013 – Quelle place pour le travail psychique dans les équipes et les institutions ?

2012 – La polyphonie des approches cliniques peut-elle avoir un sens ?

2011 – Incidences des mutations sociétales sur les pratiques des psychologues

2010 – Les soins sous contraintes

2009 – Neurosciences et vie psychique

2008 – Quelles conceptions cliniques ?

2007 – Évolution de la place des psychologues au sein des institutions

C’était en 2015 :

Démarche de soin, demande d’expertise : Quelles possibles complémentarités ?

     Évaluations systématiques, bilans standardisés, expertises spécialisées centrées sur une pathologie, s’inscrivent de plus en plus dans nos pratiques. Des terminologies nouvelles : troubles bipolaires, troubles envahissants du développement ou troubles du spectre autistique s’imposent : sont-elles un éclairage novateur ? De quelles significations sont-elles porteuses ? Ces classifications issues du DSM peuvent entraîner une conception réductionniste des pathologies dont souffrent les patients que l’on rencontre. Que disent-elles alors de la signification du symptôme, de la singularité de l’individu ?

     Si le diagnostic rassemble, identifie un ensemble de ressentis, de troubles et donne un contour aux difficultés rencontrées, il convient néanmoins d’en interroger l’usage. Ce diagnostic est aujourd’hui plus fréquemment demandé par les patients et leur entourage. Peut-il être quelquefois vécu comme une sanction ? Vient-il clore un questionnement ou confronter à l’angoisse ? Pourrait-il aussi constituer le vecteur d’une réflexion, d’une nouvelle compréhension ? Le temps de la clinique est-il préservé de cette logique évaluative ?

     Dans cette démarche d’expertise, dans ce processus d’évaluation, il nous revient peut-être à nous psychologues de faire du(des) diagnostic(s) un support pour le soin et non une fin en soi. Nous interrogerons donc lors de cette journée, les conditions d’une mise en cohérence de l’expertise et de la dynamique de soins psychiques. Et plus encore, plutôt qu’y répondre du côté de normes pré-établies, l’évaluation peut conduire à des questions qui servent une pratique clinique mouvante et dynamique.